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      NEWSLETTER FEVRIER 2010
 

Des auteurs confirmés, des découvertes ; une programmation pour tous les goûts

A tout seigneur, tout honneur, commençons par « Tetro », le si attendu dernier film de F. Ford COPPOLA avec Vincent Gallo ! Coppola est un des plus grands réalisateurs vivants et depuis la Palme d’or 1973 « Conversation secrète », je n’ai jamais vu un « mauvais film » de Coppola, le multi palmé (Apocalyse Now) et le multi oscarisé (Les Parrains-Rusty James) et même certains de ses films dits mineurs comme « Jardins de pierre » m’ont profondément ému. Coppola revient à travers une histoire familiale, de retrouvailles difficiles entre deux frères, grandis à l’ombre d’un père despotique. Peut-être une lecture autobio est-elle possible ? Le père est chef d’orchestre comme l’était Carmine Coppolla.
C’est aussi le retour sur les écrans du surdoué Vincent Gallo, jeune acteur impressionnant dans « Arizona Dream » de Kusturica, puis jeune réalisateur prometteur dans « The Brown Bunny » ou « Buffalo 66 ». Encore une bonne raison de découvrir « Tetro », ce mercredi 3 février ou le 6 à 17h !

Pour confirmation aussi de son grand talent, un film présenté à Cannes 2009 en compétition « Brigth star » de Jane Campion, elle aussi un peu oubliée depuis sa grande décennie 90/2000, où tour à tour, « Sweetie », « An Angel at my table » puis « La leçon de piano » l’imposent comme une grande réalisatrice. Je n’ai pas vu ses derniers films mais je suis impatient de retrouver son style autour de l’histoire dramatique du jeune et brillant poète John Keats. Amoureux de la langue anglaise, amateurs de fiévreux frissons romantiques, « Bright star » est un film à ne pas manquer !

Dans la série découverte, deux films aux tonalités fort différentes quoique portant un regard acéré sur la fin de l’enfance et l’adolescence.
« La merditude des choses », qui n’est pas un film de Georges Frêche (actualité quand tu nous tiens !) mais le 1er film de Felix Van Groeningen, une production belge et néerlandaise décapante. C’est d’une comédie drolatique et dramatique qu’il s’agit autour de la vie complexe de Gunther, un enfant de 13 ans, évoluant dans un contexte social particulièrement chargé. Proche parfois de l’esprit Groland ou des films de Bouli Lanners (Eldorado), les Rencontres persistent et signent en vous proposant ce film différent, trash, d’un humour salutaire par ces temps de politiquement correct asphyxiant ! L’indice de satisfaction des spectateurs est bon et il y a un public pour autre chose que les tièdes comédies françaises si peu soucieuses de se confronter à une certaine réalité sociale.

« Une vie toute neuve » d’Ounie Lecomte, production sud coréenne et française, véritable révélation de ce début d’année. Ce film sensible, émouvant suit le parcours et les interrogations d’une fillette placée en orphelinat et attendant d’être placée dans une nouvelle famille. La portée universelle de cette histoire en a bouleversé plus d’un et le film obtient un succès d’estime, dû à un bon bouche à oreille.

Donc quatre films importants avant un gros mois de mars où l’on retrouvera « Invectus » d’Eastwood, « Serious man » des Coen, « Gainsbourg » de Joann Sfar et sans doute « Mother » de Bong Jong Hoo, autre grand cinéaste sud-coréen, qu’Elisabeth nous a chaudement recommandé après le festival de Ciné 32 à Auch…

La programmation de février, mois de vacances scolaires, fait une large place aux films à destination du jeune public. Tout d’abord, pour les plus jeunes, un ciné-goûter le mercredi 24 février avec deux films « Mélie pain d’épice » pour les petits dès 3 ans, puis le remarqué « Panique au village » pour les plus grands à partir de 7 ans, le tout suivi d’une discussion et d’un goûter !
Pour les adolescents, soucieux d’émotions fortes et pour les adultes incrédules qui croient encore qu’on ne peut pas avoir peur au cinéma « Paranormal activity » et ces 3 millions de spectateurs en France en France après son colossal succès aux USA. Un film pas cher qui a rapporté gros, basé sur un concept simple : filmer ce qui se passe la nuit dans une maison hantée… C’est le point de vue du jeune couple victime des acteurs que nous partageons. A découvrir car c’est le 1er film fauché d’Oren Peli !
Pour tous, enfin « Alvin et les Chipmunk 2 », comédie d’animation ayant réussi à survivre au dernier « Avatar » dans la fréquentation de janvier. C’est dire que c’est une valeur sûre, les films pour les plus petits. 200 spectateurs attendus minimum pour cette 1ere semaine de vacances !

Et toujours pour tous publics, terminons le mois en beauté avec « Loup » de Nicolas Vanier, le 27 et 28. On ne présente plus l’écrivain, aventurier et désormais cinéaste, mais vous allez découvrir à Rieupeyroux le 27 février à 21h, le jeune acteur Nicolas Brioudes, qui témoignera de l’aventure de ce tournage. Une soirée exceptionnelle encore, un mois après celle consacrée au cinéma roumain, et précédant peut-être une grand soirée consacrée au cinéma iranien et à la situation à Téhéran, en mars. Fidélité quand tu nous tiens !

Enfin, toujours en direction des ados, des jeunes, un film allemand mettant en scène une bande de graffeurs et leur art. « Woletrain » vient de sortir en France et ce film est projeté en liaison avec l’expo et les animations concernant cet art, que propose en ce mois de février le Centre Culturel. Gageons que les stages proposés fassent le plein et qu’il en sera de même pour ce film qui sera projeté le samedi 20 et dimanche 21 février, au cœur des vacances scolaires.
Donc, un programme ciblé à l’attention des jeunes de tous les âges avec 6 films proposés en 15 jours ! Qui dit mieux !

Guy Pezet


 
      La lettre d'avril 2010
 

Mille excuses tout d’abord pour l’absence de cette lettre mensuelle en mars, mais la campagne électorale est passée par là, suivie des 10 ans de l’association Serènes Sereines, des conseils de classe, des…N’en jetez plus, mon emploi du temps était plein, mais je n’ai pas délaissé le cinéma et j’ai vu quelques bons films en mars, comme « Mother » de Bong Joon Ho, qui fait plus que confirmer tout le bien que je pensais de son cinéma, capable de transcender les codes parfois étroits de tous les genres : thriller, film catastrophe… Ce coréen a du génie dans cette façon particulière de creuser ses personnages, de leur donner une épaisseur humaine profonde et ambiguë.
J’ai aussi aimé l’inventif et souvent brillant (toute le 1ère heure) de « Gainsbourg » ! Tout cela n’arrivant pas à occulter le souvenir éblouissant de « Tetro » de F. Ford Coppola, l’un des plus beaux films (la phot en noir et blanc, Vincent Gallo..) de ces dernières années. Il faut courir le voir, si vous l’avez raté !

PROGRAMMATION D’AVRIL

La première semaine, sans que nous l’ayons voulu, s’inscrit dans un champ lexical guerrier, qui ne laisse en rien augurer du genre des films proposés.
«Une exécution ordinaire » est le 1er film du romancier Marc Dugain, adaptant au cinéma un de ces romans, avec le très grand André Dussolier dans le rôle de Staline, loin de ces rôles habituels chez Resnais par exemple. C’est à un Staline vieillissant que s’intéresse Dugain, un Staline souffrant confronté à une jeune urologue, l’excellente Marina Hands. Avec de tels acteurs, sur un grand sujet, il me tarde de découvrir le drame original qu’en a tiré Dugain.

Pour « Le soldat Laforêt », c’est une soirée spéciale avec la cinémathèque dans le cadre du festival Zoom arrière que nous vous convions. C’est surtout l’occasion d’un hommage à une figure du cinéma en Midi-Pyrénées et en Aveyron : Guy Cavagnac. Son film date des années 70 et raconte l’arrivée d’un soldat parisien en Aveyron fuyant l’avancée allemande, lors de la débâcle de l’armée française. Pour ce soldat déboussolé, c’est comme un paradis terrestre et ces curieux habitants qu’il découvre. De l’émotion, de la poésie, de la drôlerie, de savoureux personnages pour un film à découvrir et à revoir en présence de Guy Cavagnac, son réalisateur. Pour ceux qui l’ont croisé à Gindou lors du festival, à Decazeville pour ses séances cinéclubs ou au hasard des rues de Villefranche, ce sera l’occasion de retrouvailles émouvantes avec le cinéaste.

La semaine suivante sera américaine avec deux films échappant à la main mise hollywoodienne : « Fantastic Mr Fox » de Wes Anderson et « Precious » de Lee Daniels.
« Fantastic Mr Fox » est un film d’animation pour tous qui sera l’objet d’un ciné goûter. Racontant les aventures de 3 fermiers partant à la chasse au renard, ce film est l’occasion pour petits et grands, de retrouver l’humour de ce cher Wes Anderson (« La vie aquatique », « A bord du Darjeeling limited »), son sens des situations comiques. C’est aussi l’occasion de passer un bon moment de cinéma en famille en plein cœur des vacances de printemps.

« Precious » est un de ces petits films indépendants américains qui franchissent, grâce au bouche à oreille et à leur succès inattendu les barrières de la distribution traditionnelle. Comme « Little miss sunshine », comme « Juno », « Precious » se concentre dur la figure étonnante d’une ado comme les autres (aspirations, insertion dans le monde moderne) et pas comme toutes les autres (surpoids). C’est encore une fois la découverte d’un tempérament d’actrice, d’un pur talent ne demandant qu’à s’épanouir. Ce film multi nominé aux oscars est attendu et « Precious », malgré un nombre de copies limité a bien tiré son épingle du jeu, ces dernières semaines.

En fin de vacances (24 et 25 avril), deux grands noms, chers à l’équipe des Rencontres : Tony Gatlif et Martin Scorcese.
Tony Gatlif nous revient ave « Liberté », un film revenant sur le triste sort des Tziganes durant la seconde guerre mondiale à travers l’histoire de « justes » prenant en charge des enfants tziganes abandonnés. Comme toujours c’est aussi avec son cœur que filme Gatlif, avec son goût pour la musique, son sens de l’humour au cœur des sujets les plus graves. Ce cinéaste attachant, dont nous projetons tous les films, nous permet de découvrir enfin à l’écran le talent de James Thierrée, multi récompensé aux Molières et petit fils de l’illustre Charlie Chaplin. Pas si étonnant que cela de le retrouver chez Gatlif qui films lui aussi le plus souvent les laissé pour compte, les vagabonds modernes !

« Shutter Island » de Martin Scorcese avec Leonardo Di Caprio, un de ses acteurs fétiches « Aviator », « Les Infiltrés »…) est un des gros succès populaires de ce printemps (près de 3 millions d’entrées en France) Adaptation d’un romain culte, ce thriller angoissant tendu, fascinant nous plonge dans l’univers inquiétant de la folie meurtrière. A voir et revoir, paraît-il ! Scorcese est un des cinéastes majeurs de la fin du XXème siècle et il ne perd rien de sa virtuosité.
Enfin, pour se préparer au joli mois de mai, le 28 avril et le 2 mai, le dernier Polanski, enfin dans l’actualité pour ce qu’il sait le mieux faire, un grand film « The ghost writer ». Polanski depuis 1960 a toujours réalisé de grandes œuvres : « Cul de sac », « Rosemary’s baby », « Chinatown », « Tess », « Le pianiste »… pour évoquer celles qui m’ont le plus marqué. Avec « Ghost writer », c’est un thriller politique qu’il nous propose : que peut-il y avoir de dangereux à accepter de travailler à l’écriture des mémoires d’un ancien premier ministre britannique, type Tony Blair ? Ewan Mac Gregor bien dirigé se révèle un très bon comédien et donne une autre dimension à sa carrière.

Vous pouvez aussi découvrir « La rafle », film bénéficiant d’une promotion indécente (médias de tous ordres avec Drucker en chef d’orchestre, label éducation nationale …) nous invitant tous à voir ce film, sur une page noire de l’histoire de France : la rafle du Veld Hiv du 16 avril 1942, et le rôle prépondérant du gouvernement de Vichy répondant avec zèle aux attentes de l’occupant. Rien ne nous dit dans de tintamarre médiatique si l’inconnue Roselyne Bosch est une grande cinéaste, si le film est réussi, si Jean Reno et Gad Elmaleh ont été bien choisis. J’ai un petit doute, vu l’extrait présenté au journal TV où Reno est censé pleurer ! On était très loin du superbe « Monsieur Klein » de Joseph Losey, avec Alain Delon, pris dans la rafle que j’ai revu cet hiver avec tant d’admiration.
Bien sûr, je m’obligerai à aller voir « La rafle », après « Liberté » de Tony Gatlif, pour pouvoir revenir dans cette chronique sur ces films à grand sujet et parfois gros budget, qui participent du médiatique « devoir de mémoire » cher à nos élites.
Comme il n’y a pas d’élections en mai, juin, je vous jure qu’au sortir de « La rafle », je n’irai pas voter Le Pen ! En effet, la sortie du film a été concomitante du bon score du susnommé aux régionales et je trouve ces rapprochements paradoxaux dignes d’intérêt, tout à fait dans l’air du temps médiatique, qui ne me semble pas toujours très pur.

Guy Pezet


 
 

Le joli mois de mai

  • Bien sûr avril a été beau et nous avons pu découvrir au moins deux très beaux films d'auteurs confirmés : Scorcese et son "Shutter Island" et Roman Polanski pour "The ghost-writer".

Bien sûr il y aura Cannes et son lot de découvertes enthousiasmantes, mais aussi les tristes et souvent stupides quotidiennes de Canal - ... mais quant à nous, à Rieupeyroux il y aura pour tous les passionnés du 7ème Art, un fort joli mois de mai, avec des films intéressants, ambitieux, des univers forts à découvrir, parcourir, apprivoiser.

Je vais parler d'abord des films que j'ai vus et qui seront programmés le mercredi à 21h et le dimanche à 17h. C'est tout d'abord, dès le 5 mai, un documentaire attendu de tous ceux qui s'interrogent sur l'avenir de notre planète, de notre agriculture, et qui essaient de faire face au catastrophisme économique et environnemental ambiant : "Solutions locales pour un désordre global" de Coline Serreau.

Femme de conviction, soucieuse de se démarquer des films alerte type Hulot, Yann Artus Bertrand et cie, Coline Serreau a parcouru la planète à la recherche de solutions, de réflexions susceptibles d'enrichir les nôtres. Elle convoque même Pierre Rabhi pour stimuler notre réflexion sur les alternatives à notre déclinant système capitaliste sur financiarisé. Quand Sarko et son équipe semblent prêts à proposer des solutions globales pour des désordres locaux (violences de Tremblay, problème du voile intégral...), la cinéaste change et même renverse intelligemment la perspective de nos sacro-saints débats. Nous qui sommes soucieux d'actions culturelles locales de qualité, nous serons au 1er rang de cette projection événement ce mercredi 5 mai à 21h.

Le 12 mai, nous vous invitons à découvrir le dernier film de Claire Denis "White material", une cinéaste assez rare sur les plateaux TV, car exigeante, moderne et faisant peu de concessions au star system dominant.
Claire Denis situe don film dans un pays africain non précisé, confronté à l'affrontement de jeunes milices d'une guerre civile pleine de confusion violente, caractéristique de ces conflits régionaux, aux résonances internationales, ne serait-ce que par la présence des blancs et bien sûr des armes (voir le Libéria des années 90, par exemple). C'est ce climat particulier, cette sensation d'hébétude généralisée qu'excelle à peindre Claire Denis. C'est aussi l'obstination d'une femme blanche, Isabelle Huppert, comme toujours au sommet, soucieuse de sauver da plantation de café qui forme l'enjeu fictionnel à la base du film.

Claire Denis est née au Cameroun et connaît donc bien l'Afrique, ses couleurs, sa chaleur, ses paysages, les sensations éprouvées durant son enfance. Elle a travaillé pour ce film avec Marie N'Dyaye, Prix Goncourt 2009 pour "Trois femmes puissantes", ce qui donne à la tonalité d'ensemble du film une justesse singulière. Depuis "Chocolat" en passant par "Nenette et Boni" ou "Beau travail", Claire Denis poursuit son travail de cinéaste exigeante. J'allais oublier la musique originale, pas du tout locale de Tinderstick avec lesquels elle avait déjà travaillé (Trouble every day). A voir donc!


Autre film aussi à découvrir de toute urgence, "Ajami" de Copti et Shani, jeunes cinéastes palestinien et israélien, amis et frères d'armes cinématographiques pour le meilleur dès leur premier film. "Ajami" a été remarqué et cité à Cannes 2009, par le jury de la Caméra d'Or.
"Ajami" c'est le nom d'un quartier de Jaffa, ville israélienne au sud de Tel Aviv, où cohabitent communautés juive, musulmane, chrétienne, mais aussi police israélienne, réfugiés palestiniens des territoires, arabes palestiniens vivant et travaillant en Israël. C'est l'imbrication quotidienne extrême de ces populations que le film donne tragiquement mais magnifiquement à voir, dans ce film habile et bien maîtrisé, en croisant les destins mais aussi les points de vue de cinq personnages, autour d'une histoire de lutte de clans liés au trafic de drogue.
Un duo de cinéastes prometteur, pour un film fort, intelligent, nous donnant une image complexe de la réalité israélienne.

Autre cinéaste, confirmant son importance malgré ces tournages quasi clandestins, le chinois Lou Ye et ses "Nuits d'ivresse printanière". Lou Ye a obtenu le prix du scénario à Cannes en 2009 pour ce mélodrame sociétal, trois ans après la découverte de son film le plus politique "Une jeunesse chinoise".
Ces nuits fiévreuses, agitées sont celles de deux trios impossibles se mettant en place autour du troublant Jiang Cheng, figure homo centrale de cette chronique nocturne, dans une Chine contemporaine qui travaille mais dont la jeunesse, là comme ailleurs, recherche liberté, sentiments exacerbés, exutoires divers à ses désirs.
Comme souvent avec les grands cinéastes chinois, tout autant que l'histoire de ses jeunes héros, c'est ces images de la Chine que le spectateur découvre avec intérêt, loin des clichés officiels des journaux TV. Du beau, du lourd donc en cette fin mai !

Je ne m'attarde pas sur "Alice au pays des merveilles" de Burton et sur "Dragons", films à destination des enfants de bonne qualité et rencontrant un beau succès public ; de même sur le 1er film de Pascal Chaumeuil "L'arnacoeur" avec Romain Duris et Vanessa Paradis dans une comédie sentimentale pleine de fraîcheur.

Deux autres films français doivent retenir l'attention des habitués de la salle Gilbert Alauzet.
"Mammuth" du duo grölandais" Kerven et Delépine que nous avons toujours soutenu "Altra" et "Avida" films confidentiels ont été montrés au festival des Rencontres. "Louise Michel" avec l'épatante Yolande Moreau a triomphé il y a 18 mois environ.
Cela s'annonce donc toujours décapant, parfois décoiffant avec au centre de cette nouvelle fiction, un énorme Depardieu, jeune retraité partant à la recherche des bulletin de salaire égarés dans la nature des petits boulots, des petits patrons qu'il a rencontrés. Sur sa "Mammuth" du titre, c'est une autre France populaire que Kerven et Delépine imposent à la face d'un cinéma hexagonal souvent conformiste et confortable, dans le traitement de ces comédies petites bourgeoises.

Autre comédie différente en train de trouver son public "Les invités de mon père" d'Anne le Ny, déjà remarquée pour "Ceux qui restent" en 2007 avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos. C'est l'histoire d'un médecin engagé (Michel Aumont) qui rencontre une jeune moldave et dépasse le cadre rassurant pour ses grands enfants (Fabrice Luchini et Karin Viard) de ses activités humanitaires. C'est drôle, plutôt émouvant et, au dire des spectateurs exigeants, réussi. Anne le Ny s'installe dans la case comédie de qualité, évitant vulgarité et franchouillardise. C'est une bonne nouvelle !
Un sacré mois de mai donc dans notre chère salle !

Guy Pezet


 
      LA LETTRE DE JUIN 2010
 


Retour à Cannes
Il y avait quelques noms vraiment intéressants dans la sélection officielle et on les retrouve tous dans le palmarès.
Et tout d'abord, le cinéma français à travers deux figures qui comptent depuis maintenant une dizaines d'années : Mathieu Amalric et Xavier Beauvois. Amalric est un des meilleurs acteurs internationaux, chez Desplechin bien sûr (oh! le beau "Conte de Noël" ou "Rois et Reines") mais aussi chez Julian Schnabel pour "Le scaphandre et le papillon" par exemple. Que son film, une comédie qui plus est, ait obtenu le prix de la mise en scène, cela ne peut que nous réjouir. "Tournée" sera cet été sur nos écrans.
Beauvois depuis 15 ans a imposé sa sobriété grave, son souci du plan juste, dès son 1er film "Nord", mais aussi il y a 5 ans dans le très bon "Petit lieutenant" avec Nathalie Baye. "Des dieux et des hommes", grand prix du festival a été unanimement salué par la critique et nous espérons pouvoir le faire découvrir en ouverture du festival.

Juliette Binoche, dans un film d'Abbas Kiarostami, tourné en Toscane, a également été couronnée à Cannes. Comédienne talentueuse, capable comme Hupert et Deneuve, de tourner avec les plus grands (Téchiné, Godard, Louis Malle, Mickael Haneke...), de faire part de ses envies de cinéma, elle est l'âme de "Copie conforme" que nous découvrirons ce mois-ci et sur lequel je ne reviendrai pas, tant mon attente est déjà exacerbée par les quelques images découvertes sur le petit écran.
La Palme est revenue au thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, le jeune cinéaste remarqué au tournant des années 2000 pour "Blisfully hours" et "Tropical Malady", un des meilleurs films de la décennie, primé à Cannes et montré à Rieupeyroux. Cet artiste dont les installations vidéo sont souvent montrées à Beaubourg, propose un cinéma d'auteur envoûtant, aux plans parfois magiques, à la construction déroutante. J'ai hâte de découvrir "Uncle Boonme" et c'est un plaisir que nous ne nous refuserons pas.

Autre cinéaste déjà remarqué dans les festivals et primé pour le scénario, le sud coréen Lee Chang-dong pour "Poetry". J'avais beaucoup aimé "Secret sunshine" et son héroïne à la folie courageuse. Une découverte à faire à Rieupeyroux, cet automne.
De même, le prix du jury du cinéaste tchadien Mahomat Salh Haroun pour "L'homme qui crie", récompense un cinéaste dont nous avons aimé "Darat saison sèche", il y a quelques années. Ce retour du cinéaste africain pourrait aussi se faire durant le festival. J'en dirai plus début juillet, mais sachez que nous avons pensé à vous, amis des rencontres, fidèles comme nous à ces jeunes talents qui vont écrire le cinéma du XXIème siècle.
Bravo donc au jury, à son président Tim Burton, et sans doute aussi à un grand cinéaste comme l'espagnol Victor Erice, membre de ce jury courageux.

PROGRAMMATION JUIN

Pour juin donc, outre "Copie conforme" de Kiarostami il y a encore bien des films à découvrir.
Pour ce qui est des comédies françaises, le programme est riche. Les médias ont beaucoup parlé de "Camping 2" et d'"Adèle Blanc Sec" avec la belle Louise Bourgoin qui a occupé bien des écrans, "L'amour c'est mieux à deux" de Dominique Farrugia, "Tout ce qui brille" de Géraldine Nakache et Hervé Minran, comédie ayant bénéficié d'un bon accueil critique, puis d'un excellent bouche à oreille. C'est souvent drôle, touchant comme les rêves des deux héroïnes, à l'étroit dans leur banlieue natale.
Une comédie dramatique bien reçue "Huit fois debout" interroge notre société et la crise de l'emploi à travers les recherches obstinées d'Elsa et de Mathieu soucieux de s'en sortir. Julie Gayet, Denis Podalydés sont épatants paraît-il. Une première oeuvre de Xabi Molia.

Pour en finir en beauté avec la comédie, n'oubliez pas la séance exceptionnelle lundi 28 à 21h, autour de "Chantons sous la pluie" de Stanley Donen avec l'immense Gene Kelly. Un classique de la comédie musicale et du 7° Art, un film inventif, hommage au cinéma et aux acteurs. Pour moi qui ai revu le DVD, il y a peu, un véritable enchantement.

Mais le programme de juin, placé sous le signe de la comédie, contient aussi quelques pépites à ne pas manquer. C'est le cas du fameux documentaire "Le temps des grâces" de Dominique Marchais. C'est sur le monde agricole français, l'espace rural et ses mutations que ce documentaire enquête, qu'il interroge. La projection sera suivie d'un débat animé par Yves Garric, journaliste aveyronnais, qui présentera aussi son ouvrage "Ces paysans qui ont dit non". Tout cela, suivi de traditionnelles tartines dans le hall du cinéma ! L'agriculture est au coeur de la réflexion politique actuelle et la crise que traversent certaines productions invite à la réflexion. Celle-ci est argumentée, brillante, et sa qualité unanimement reconnue. Faites-le savoir, afin que nous revivions une de ces grandes soirées de discussions conviviales et éclairantes.
Cette programmation entre, comme celle du film d'animation tchèque "Le criquet", dans le cadre de l'opération « Juin aux jardins", à laquelle nous participons chaque année.

Enfin pour terminer ce mois en beauté, deux films très différents mais bons, semble-t-il.
- La superproduction de Ridley Scott, "Robin des Bois" avec e grand Russel Crowe. Le film, et en particulier les choix scénaristiques, sont originaux et courageux. C'est au jeune archer Robin Longstride que le film fait la part belle ainsi qu'à son amie Milady/Cate Blanchet. Du grand spectacle bien sûr, mais aussi des scènes émouvantes, plus intimistes, de l'action mais aussi des sentiments. A voir donc !
- Enfin "Teza" drame ayant pour cadre l'Ethiopie dans années 70 puis 90, celle du sanglant colonel Mengistu à travers le regard transformé d'un médecin ayant étudié en Allemagne de l'Est. Ce film dont les critiques ont tous souligné l'ambition et la rigueur, nous donnera des images de l'est du continent africain, région rarement montrée, toujours en proie à la misère et aux tensions politiques. Une découverte chaudement recommandée par Elisabeth K. qui l'a déjà vu et aimé.

Guy Pezet




LA LETTRE DE JUILLET
de Guy PEZET

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