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| NEWSLETTER janvier 2011 | | |
Le temps des bilans
A
la
différence de 2009, l’année 2010
n’a pas été
écrasée par un grand
évènement du
type Avatar de James Cameron, ni,
à
mon avis, par un film à la hauteur mystérieuse et
au potentiel émotionnel aussi
fort que Tetro de Francis Ford
Coppola.
Ce fut
toutefois une année assez riche en confirmation, en
découvertes, en bons films
de genre, d’origines toujours aussi diverses, tant de films
vus ici à
Rieupeyroux, reflétant bien les ailleurs d’un
monde complexe que le cinéma nous
permet de mieux apprivoiser et sans doute de mieux comprendre.
Mon
palmarès 2010 des films que j’ai vus
à
Rieupeyroux :
1)
Oncle Boonmee de A. Weerasethakul
(Thaïlande)
2)
The Ghost Writher de R. Polanski
(prod.
France)
3) Poetry de Lee Chang-Dong
(Corée du Sud)
4) Ajami de
Copti et
Shani (Israël)
5) Mother de
Bong Joom-ho
(Corée du Sud)
Lola
de Brillante Mendoza
(Philippines)
6)
Social Network de David Fincher
(Etats-Unis)
7)
Vénus Noire
d’Abdellatif Kechiche
(France)
8)
Des Hommes et Des Dieux de Xavier Beauvois (France)
9)
Les Amours
Imaginaires de
Xavier Dolan (Canada, Québec)
10)
White Matérial
de Claire Denis
(France)
Film
Socialisme de Jean Luc Godard (Suisse, France)
Commentaire : Je n’ai pas vu Bright
Star de Jane Campion, Toy Story 3, Fantastique Mr Fox de Wes Anderson, A
Serious Man
des frères Cohen
Pour
8 des 10
cinéastes cités, nous avions
déjà projeté leurs films
précédents. Seuls les
très jeunes Copti et Shani (environ 25ans) et Xavier Dolan
(21ans) étaient pour
moi d’illustres inconnus et leurs œuvres
m’ont vraiment séduit !
Tous
ces films
allient me semble-t-il, sujet fort et qualité
cinématographique, travail
original et profondément maîtrisé de
réalisation.
C’est
le cas
des films venus de l’Asie du Sud Est, avec leur
capacité d’invention poétique, leur
croyance dans le cinéma des origines, leur modestie
d’affichage (voir Oncle Boonmee
ou Mother). Ce sont aussi des films
autour de remarquables portraits
de personnes âgées, d’une grande
densité émotionnelle (voir les
grands-mères
courage de Poetry ou Lola). Bien sûr cela n’en fait
pas des œuvres
commerciales, faciles à vendre puisqu’elles sont
dénuées de comique lourdingue,
de sexe, de violence gratuite mais elles sont touchées par
la grâce et
permettent de découvrir de remarquables
comédiennes, ne sur jouant jamais, n’en
faisant pas des tonnes… d’où notre
réelle émotion !
Le retour de
Polanski est également à signaler ! Il
me semble synonyme d’intelligence,
d’efficacité et surtout d’une
énorme envie de proposer un film politique, en
adoptant les codes du thriller.
Même
s’il est
complètement différent, Ajami
est
aussi un film politique, rendant compte de la complexité
économique, sociale,
religieuse de la société israélienne
et palestinienne. Bien meilleur que bien
des œuvres dites engagées (cf. Les
Citronniers),
ce premier film nous fait toucher des yeux la
réalité tragique de ces diverses
communautés.
Quant
au
cinéma français, il se porte plutôt
bien avec sa capacité de production de
films d’auteurs (Polanski par exemple), sa politique de
soutien aux jeunes
cinéastes, sa capacité à distribuer
des films variés venant de tous les
continents.
Vénus
Noire me semble le film le plus marquant, sur un sujet
presque trop fort,
mais auquel Kéchiche s’est confronté
avec rigueur. Je ne suis pas près d’oublier
sa Vénus hottentote, les regards obscènes des
spectateurs, des clients et
surtout des scientifiques.
Des
Hommes Et Des Dieux est un film plus facile, plus
conventionnel qui a
trouvé un large public, porté par une
énorme mobilisation médiatique, contrairement
à celui de Kéchiche. Son succès me
semble dû pour partie à l’image positive
qu’il donne de la France en Algérie,
d’un engagement humaniste,
désintéressé
sur un territoire marquant de l’imaginaire
français.
Il faut ici
rapprocher le succès de ce film à Rieupeyroux, de
l’échec d’Hors
La Loi de Bouchareb sur la guerre
d’Algérie. Deux ans après
le succès national et local d’Indigènes
avec les mêmes acteurs, n’est-ce pas la
réalité historique et bien sûr
dramatique de la guerre coloniale d’Algérie que
les spectateurs ne veulent pas
voir ? Le cinéma Français
s’intéresse souvent à
l’Algérie et nous
proposons tous ces films de qualité, ici, à
Rieupeyroux mais
les spectateurs ne suivent pas (voir La
Trahison de Philippe Faucon, ou Bled
Number One de Rabah
Ameur-Zaimeche pour évoquer deux
très bons films).
Bien sûr le film de Beauvois propose,
à l’instar des films
asiatiques, de remarquables portraits humains de personnages
âgés (Michaël
Lonsdale en frère pour
l’éternité !).
X. Beauvois, A. Kéchiche, comme
Claire Denis sont des cinéastes dont
l’œuvre cinématographique arrive
à maturité et avec L. Cantet, A. Desplechin,
B. Dumont et P. Ferran ce sont maintenant des cinéastes
majeurs, reconnus par
les plus grands festivals et de plus en plus par le public.
Un mot
enfin de Xavier Dolan
et de son insolent talent ! Le jeune
québécois propose une comédie souvent
drôle, moderne, réalisée avec brio,
auscultant diverses strates du discours
amoureux (de Racine à Roland Barthes, en passant par les
S.N.S !),
étudiant le discours amoureux comme lecture de signes, de
façon légère et
pourtant profonde. Un vent frais souffrant sur la comédie
genre, dit-on, préféré
des français ! Bien sûr, pour moi, ce
film jeune est meilleur que les
bonnes comédies vues cette années à
Rieupeyroux : Les invités de mon père,
Potiche, l’Arnacoeur
ou Copacabana…
Dolan par certains côtés
peut se rapprocher du stimulant Kaboom
de Greg Araki, autre film
s’intéressant aux jeunes étudiants, de
manière provocante mais aussi touchante.
Par ses choix esthétiques, Dolan me
semble aussi un petit-fils de
Godard des années 60, qui 50ans après la nouvelle
vague a proposé à Cannes (et
à Rieupeyroux !) un de ses films les plus
abordables de ces dernières
années avec Film Socialisme.
Godard
interroge le discours politique actuel, les comportements avec toujours
autant
d’inventivité, avec son sens de la citation, du
fragment, du brouillage des
pistes narratives, à l’inverse de
l’esthétique télévisuelle
dominante.
Je reviendrai
ultérieurement sur les découvertes 2010, et sur
les
documentaires, genres auquel nous accordons toujours une large place.
C’est
encore le cas en ce début Janvier 2011.
En effet avec Inside Job
et ce n’est qu’un début, Janvier
commence sous les bons auspices de la
réflexion économique, politique et philosophique.
Inside Job
s’intéresse à
la crise économique mondiale en multipliant rencontres,
analyses aux quatre
coins de la planète (Etats-Unis, France, Irlande,
Chine…). Ce documentaire
américain dont Matt Damon est le narrateur/commentateur
dénonce les dérives du
capitalisme financier précipitant dans la crise les
économies.
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Mais
il n'y a pas que des
documentaires au programme de ce mois de janvier.
Pour les plus jeunes, un de nos publics
privilégiés, tant les actions
culturelles de l'association en direction des enfants sont importantes
(école
et cinéma, ciné goûters), janvier rime
avec Harry Potter pour
l'avant dernier opus de la série et Narnia
pour une 3ème aventure
fantastique que l'on dit la meilleure de la série.
Bien sûr aussi pour poursuivre
note traversée de la comédie à la
française, après une année somme toute
faste
pour le genre; l'Arnacoeur, Potiche,
nous vous
proposons l'originale Le nom des gens
de Michel Leclers. Cette comédie
avec Jacques Gamblin et Sarah Forestier a divisé parfois la
critique, mais elle
trouve son public et ose allier comédie de moeurs,
comédie sociale et comédie
politique, alliage assez rare dans le cinéma
français. D'ailleurs, on nous l'a
suffisamment rappelé Lionel Jospin fait une apparition dans
le film de Michel
Leclerc.
Avec Les émotifs
anonymes de J-P Amerys, c'est un couple vedette qui
est à l'honneur,
celui de deux timides, Isabelle Carré et plus improbable,
Benoît Poelvoorde.
Ils ont une passion commune, le chocolat et tout cela sent bon le
cinéma
français et le chocolat belge.
Un vrai
gage de réussite.
Mais les français ont tendance aussi à
s'illustrer aussi dans le thriller, le
polar speedé et Fred Cavayé a réussi
avec A bout portant, une
percée remarquée dans ce genre, encore peu
reconnue. Sa mise en scène efficace
repose aussi sur de solides acteurs français,
Gérard Lanvin, Gilles Lellouche,
Roschdy Zem, parfois peu à l'aise dans les
comédies de moeurs. Un polar soigné,
des situations à forte tension dramatique. Une
réussite en 1h30mn chrono !
Mais cette programmation pourrait paraître un peu fade s'il
n'y avait 2 films
de l'Europe de l'Est à découvrir : Mardi
après Noël de Radu
Muntean, le mercredi 19, une comédie dramatique autour du
trio amoureux
traditionnel mais aussi d'une enfant de 8 ans Mara. Servi par de
très grandes
comédiennes, Muntean, dont nous avions découvert
ici Boogie,
signe un bon film tenant le spectateur en Haleine. Le cinéma
roumain encore en
haut de l'affiche au cinéma de Rieupeyroux ! C'est une
fidélité de laquelle
nous pouvons nous enorgueillir, tant de Mungiu à
Poromboïu, les découvertes
furent enrichissantes.
Avec
Tribulations d'une
amoureuse sous Staline, c'est le cinéma
polonais qui sera à l'honneur
et c'est sans doute une bonne nouvelle tant ce pays a donné
depuis les années
60 de grands auteurs au cinéma mondial : Polanski et Wajda
bien sûr, mais aussi
Skolinowski, Zulawsky et Kieslowski.... Excusez du peu ! Ici Borys
Lankosz
s'inscrit dans la tradition ironique, amère et parfois
acerbe du film social,
dramatique de son pays. Un nouveau nom, une nouvelle
cinématographie à
découvrir en cette fin du mois de janvier !
Encore une fois, bonne année
2011 pour tous, avec du bonheur dans les coeurs et dans les salles, en
particulier celle de l'espace Gilbert Alauzet, où il me
tarde déjà de vous
rencontrer !
Guy Pezet |
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| NEWSLETTER 2 - 22 février 2011 | | | LA
LETTRE DE FEVRIER 2011
l
y aura 10 ans le 10 février que
la salle de cinéma de Rieupeyroux a
été inaugurée en présence
de M. Alauzet,
qui avait tant œuvré pour son implantation au
cœur d’un territoire rural,
soucieux de s’ouvrir au monde.
Depuis cette
date, l’association Rencontres… à la
Campagne s’est développée, tout en
gardant
comme idée forte la promotion d’un
cinéma de qualité en direction de tous les
publics : enfants, familles, public plus cinéphile,
acteurs culturels,
politiques, économiques locaux.
De grands
œuvres ont été projetées
durant ces 10 ans et je souhaite rappeler ici quelques
films marquants que j’ai eu la chance de découvrir
à Rieupeyroux : « Lady
Chatterley » de Pascale Ferran,
« La graine et le mulet »
de A. Kechiche, « Mulholand Drive »
de D. Lynch, « Elephant »
de Gus Van Sant, « Le soleil »
de A. Sokourov, « Into
the wild » de Sean Penn,
« Two lovers »
de James
Grays, « History of violence »
de Cronenberg, « Vincere »
de Bellochio, « Habla con ella »
d’Almodovar, « Tetro »
de F.F. Coppola, « Still life »
de Zia Zhang Ke, « Tropical
malady » de A. Weerasethakul,
« The host »
de Bong
Joon Ho, « Still walking »
de Kore Eda, « Caché »
d’ Hanecke, « Le fils »
des Frères Dardenne….
Que
d’émotions
artistiques, que de découvertes enivrantes de films
à la portée universelle,
dont le rayonnement éclaire et dope mes envies de
cinéma ! Ce sont à ces
auteurs là, « ces
phares » comme dirait Baudelaire, que je pense,
quand je soutiens que le cinéma est un art,
le septième, dit-on, un art
magique !
Une part
belle
a été faite aussi aux grands documentaires,
souvent synonymes d’échanges
animés, de débats : les films de
Depardon sur le monde paysan, « S.21 »de
Rithy Phan sur le génocide kmer, le film sur les Lips de
Christian Rouaut,
« Le temps des grâces »
de Marchais sur les mutations de notre
agriculture…
Peu
à peu,
aussi, les films à destination des enfants ont pris une
place importante dans
nos préoccupations, avec de plus en plus souvent, un
accompagnement associant
détente, divertissement et réflexion. Devenir
coordinateur du dispositif Ecole
et cinéma, en partenariat avec l’Inspection
Académique et les Enfants du ciné a
donné une autre dimension à notre action en
direction des enfants, les
spectateurs de demain, l’avenir du cinéma que nous
défendons.
Dix
années
donc bien remplies, avec ce souci constant
d’éclectisme, seule attitude pouvant
permettre de prendre en compte la diversité des publics.
Cette
réflexion propre aux salles indépendantes, nous
allons à partir de ce mois-ci,
la mener avec le réseau VEO, regroupant 290 salles de
cinéma indépendantes,
dans le Sud de la France. L’adhésion à
ce réseau soucieux de diversité et de
qualité, nous permettra d’obtenir de meilleurs
délais des copies de films
nouveaux bénéficiant d’une grosse
promotion commerciale. Ainsi pour ce mois de
février «Le fils à Jo »
de Philippe Guillard sera à
l’affiche dès le 2 février, 15 jours
après sa sortie nationale. De même,
« Rien à
déclarer » de Dany
Boom sera projeté dès le 16
février, 15 jours après sa sortie nationale.
Là où nous devions attendre 5 à 6
semaines, nous allons coller davantage à
l’actualité et le public
rieupeyrousain ne peut être que gagnant.
Tant pour
« Le fils à Jo »
que pour « Rien à
déclarer »,
je n’ai pas grand-chose à dire, tant la promotion
radio-TV a été
importante ! Toutefois, ce qui peut me sembler
inquiétant, c’est leur
pré-destination régionale ! Je
m’explique : ces avant sorties en
région m’agacent et la manière dont on
utilise là les cultures régionales comme
stimuli de vente me semble assez indécente. Il faut
déjà souffrir les rayons de
sous- littérature régionale, faudra-t-il aussi
supporter le film
régional ? C’est
l’universalité d’une œuvre qui
fait sa force, quand bien
même elle s’ancre dans une culture
précise (voir le sublime film catalan,
« L’arbre aux cerises »
de Marc Recha). Et pourquoi pas
bientôt, dans ce souci commercialiste du près
de, du même, du proche,
du pareil au même…la sortie dans un seul
département, dans un seul hameau, en
avant-première, sans journaliste critique, sans
étranger, mais avec les
« méprisés »
gens du coin ?
Gageons que
les deux films sus - cités échappent à
leur ancrage territorial, et faut sauter
allègrement les frontières imbéciles
de l’ovale ou du Nord. Ils sont attendus
partout, quand bien même els n’ont
été montrés qu’aux
spectateurs du cru.
Un
troisième
film, plus confidentiel, nous arrivera dès sa 3ème
semaine
d’exploitation, c’est le thriller
« Propriété interdite »
d’Hélène Angel, avec le trop rare
Charles Berling et une actrice qui s’affirme
Valérie Bonneton. Ce film
ambitieux s’inscrit dans un genre, celui du polar horrifique,
du thriller
dramatique, cher à Polanski, peu exploité par le
cinéma français. Amateur
d’émotions fortes, voilà un film pour
vous !
A
l’affiche
aussi en ce mois de février, deux œuvres
attendues : « Another
year » de Mike Leigh,
régulièrement classé dans les 10
meilleurs
films de l’année 2010 (voir
Télérama). C’est le
quotidien au fil des saisons de deux quinquagénaires formant
une sorte de
couple idéal pour la middle class d’une banlieue
londonienne, et bien sûr celui
de leurs amis, de leur famille. Et bien sûr, tout
n’est pas rose dans ce nouvel
opus de Mike Leigh. Fidèle à sa troupe
d’acteurs (Imelda Stauton, vue dans
« Vera Drake »,
Lesly Manviell, Ruth Sheen…) Leigh en tire le
meilleur et ces personnages nous touchent, nous parlent comme jamais ou
comme
toujours (voir « Be happy »
en 2007, projeté aussi à
Rieupeyroux, ou « Secrets and lies »,
palme d’or 1996.
Avec les
Dardenne et Ken Loach, Mike Leigh a donné au
cinéma social européen, une force,
une qualité, excédant celle de
l’esthétique des dramatiques TV, dans les
années
90-2000.
«
Somewhere »
de Sofia Coppola est seulement le 4ème
film de la fille du grand
Francis Ford. Après les remarquables et remarqués
« Virgin suicides »,
« Lost in translation »,
Sofia a donné avec « Marie-Antoinette »,
un film historique, en costumes, aux fulgurances modernes, à
mon avis plutôt
sympathique et séduisant. Avec « Somewhere »,
elle
revient à un cinéma plus intimiste, sans lyrisme,
autour du personnage de
Johnny Harco, acteur reconnu, vivant dans sa chambre au
Château Marmont à Los
Angeles, tournant en rond et recevant parfois des visistes de sa fille.
Ce sera
l’occasion de découvrir Stefen Dorff, acteur
prometteur si l’on en croit les
critiques, et d’admirer la performance de la tout jeune Elle
Fanning, cœur
secret d’un film subtil.
« Somewhere »
a obtenu le Lion d’or à la Mostra de Venise en
2010.
J’ai
oublié de
signaler que nous avons adopté un rythme de programmation
sur 3 semaines et un
nouveau format pour le programme que vous retrouverez aux lieux
habituels, plus
souvent donc. Il en sera ainsi, aussi de cette chronique…
Guy
Pezet
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| NEWSLETTER 23 février - 15 mars 2011 | | | Tenir le rythme des 3 semaines va être difficile pour un paresseux de la plume comme moi. C’est pourtant à ce rythme-là que fonctionne désormais la programmation de la salle, et cette réactivité nouvelle par rapport aux sorties commerciales amène déjà des résultats prometteurs (142 entrées pour Le fils à Jo et 568 pour Rien à déclarer).
Ce changement de rythme, nous le menons depuis début février avec Jocelyne Carde, notre nouvelle déléguée. Ayant déjà travaillé avec Ciné 32 et Ciné Tarn, elle connaît bien le milieu cinématographique et les enjeux culturels des territoires ruraux midi-pyrénéens. Pour les bénévoles de l’association, c’est déjà un appui précieux et une référente compétente.
Pour cette période qui va englober les vacances d’Hiver, la programmation fait la part belle aux programmes à destination du jeune public et des familles avec Raiponce, le dernier Disney, et Une vie de chat de Felicioli et Gagnol, film d’animation élégant, original que nous n’avions pas pu programmer lors des vacances de Noël. Cette production Folimage (cf. La prophétie des grenouilles) témoigne de la qualité des films d’animation français.
Les soirées du mercredi font une nouvelle fois une large place aux documentaires, avec le dernier film produit par Jacques Perrin L’empire du milieu du Sud. Ami de l’Aveyron, mis à l’honneur par l’école publique de Rignac, Jacques Perrin s’est imposé dans les années 2000 comme un maître du documentaire de qualité autour de l’observation de la nature : Microcosmos, Les oiseaux migrateurs, Océans, autant de réussites et de succès dans notre salle. Ici, avec cette plongée au cœur de l’histoire et de la nature du Vietnam, Jacques Perrin réussit à nouveau son pari de produire des documentaires de qualité rencontrant un large public. Quoique moins porté par les médias, L’empire du milieu du Sud plaira ; je sais pouvoir compter sur les amateurs rieupeyrousains de documentaires pour être fidèle à cette figure sympathique du cinéma français.
La semaine suivante, nous répondrons à la demande des associations soucieuses de découvrir Severn de Jean-Paul Jaud, poursuivant après Nos enfants nous accuseront, son œuvre militante pour un monde où d’autres choix sont possibles et sans doute indispensables, si l’on veut sortir de la crise économique/écologique/politique actuelle. Film militant bien sûr, mais c’est pour beaucoup d’entre nous engagés sur bien des fronts un gage d’intérêt ! Film poussant à la réflexion positive sur les réponses possibles à la crise, Severn s’inscrit pleinement dans les problématiques actuelles (Contre Sommet de Rio après celui de Cancun, après le Larzac 2003…).
Nous découvrirons aussi un film multi nominé aux Oscars Le discours d’un roi de Tom Hooper. Bénéficiant d’un solide bouche à oreille, ce film n’a rien perdu de ses spectateurs à l’entrée de sa 3ème semaine d’exploitation. Autour de l’histoire du roi d’Angleterre Georges VI et de son bégaiement problématique pour l’honneur du Royaume, à l’orée de la seconde guerre mondiale, Tom Hooper propose un film classique avec un bon travail de reconstitution. C’est surtout la confrontation entre deux grands acteurs, Colin Firth et Geoffrey Rush dans le rôle du "médecin" qui va guérir le roi, décoincer sa langue et sa personnalité, qui est partout mise en avant. Pour beaucoup, juste après la consécration des Oscars, le film à voir de ce début d’année.
A l’affiche aussi, durant ces vacances d’Hiver, les derniers films de Peter Weir et de Clint Eastwood.
Avec Les chemins de la liberté, Peter Weir s’attaque à une véritable fresque, inspirée par l’histoire d’une bande de prisonniers échappés du goulag sibérien pour arriver dans l’Inde britannique à travers monts et vallées, steppes et désert. Je n’ai pas vu ce film, mais je me rappelle de Peter Weir, cinéaste inégal, pourtant capable dans Master et Commander de donner souffle à de grandes épopées. Alors, laissons nous tenter !
Pour Au-delà de Clint Eastwood, il n’est plus nécessaire de rappeler l’intérêt de son œuvre de cinéaste. Quelques uns des grands films des années 2000 sont venus de cet auteur/acteur prolifique (Mystic River, Gran Torino, Lettres D’Iwo Jima…) et toutes ses réalisations sont dignes d’intérêt (voir Million Dollar Baby et même Invictus). Clint Eastwood nous donne donc son œuvre annuelle, une œuvre dense autour de trois personnes géographiquement éloignées, obsédées par le mystère de la vie après la mort. Bien sûr, cela nous concerne tous et de San Fransisco à Paris, ou de Londres jusqu’en Asie du Sud-Est, on suit avec intérêt Matt Damon, Cécile de France et des personnages s’inscrivant dans le présent (l’actualité mondiale) tout autant ou bien plus dans l’au-delà.
J’ai gardé pour la fin La petite chambre de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, film français sorti ce mercredi 16 février et que nous pourrons découvrir dès cette semaine. Ce film traite du problème de la dépendance à travers le personnage de vieil homme indépendant qu’interprète le grand Michel Bouquet. C’est d’ailleurs un plaisir rare de le retrouver au cinéma, 6 ou 7 ans après Le promeneur du Champ de Mars. Le vieil homme rencontre une infirmière et la confrontation est émouvante, allant du drôle au grave.
Une première œuvre à découvrir autour d’un sujet auquel notre société doit, chaque année un peu plus, se confronter (voir la politique sociale de nos Conseils Généraux !).
Une programmation pour tous, une fois encore, avec des films variés (genre, origine…) et notre souci constant de vous proposer le meilleur du cinéma, dans notre chère salle de Gilbert Alauzet.
Guy Pezet
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| NEWSLETTER 16 mars - 5 avril 2011 | | | Retour sur les Césars et les Oscars
Les Césars 2011 ont eu le bon goût de partager les récompenses entre 4 films parmi les meilleurs d’une bonne année de production française. Ces 4 films ont évidemment été projetés à Rieupeyroux, où le public local a la chance de pouvoir découvrir la plupart des films dont on parle.
Si je me rapporte à mon classement annuel et à mes chroniques écrites ou radiophoniques (C.F.M.), The Ghost-Writer de Roman Polanski me semblait le meilleur film français de l’année et sa réalisation ambitieuse et moderne, au diapason d’une construction narrative intelligente. Pour Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, il est assez évident qu’il s’agit d’un film fort sur un sujet fort, et les choix de mise en scène assurent à l’ensemble une qualité précieuse. Ce que sait filmer Xavier Beauvois, c’est une communauté. Et son traitement démocratique des personnages (joués par de remarquables acteurs) donne à l’ensemble une portée indéniable. Par ailleurs, Le Nom des gens de Michel Leclerc, comédie la plus originale, la plus drôle de l’année, se devait de figurer dans ce palmarès. Dommage que le public rieupeyrousain l’ait boudé ! Le Gainsbourg de Joann Sfar, avec le remarquable Eric Elmosnino, justement récompensé pour sa performance troublante, se devait d’être au palmarès. C’est un film ambitieux, parfois inégal me semble-t-il, mais traitant de façon originale le genre difficile du "biopic musical".
Pour le César du Meilleur Film Etranger, The Social Network s’imposait. C’est une œuvre ambitieuse, au rythme impressionnant donnant à voir, mais aussi à comprendre, bien des enjeux de la nouvelle économie, celle du Net. David Fincher est un cinéaste important, ce que l’on savait depuis Zodiac, vu aussi à Rieupeyroux.
Curieusement, les Oscars 2011 ont finalement ignoré The Social Network et ses 8 nominations ! Là encore, des films connus, que nous avons vu ou que nous découvrirons en avril, squattent le palmarès.
Le discours d’un roi vu en VO est un bon film efficace, basé sur la rencontre entre ce roi bégayant et un praticien peu ordinaire. Les deux font la paire et les acteurs s’en donnent à cœur joie (Colin Firth bien sûr, mais aussi Geoffrey Rush !). Il n’en reste pas moins, à mon avis, que l’ensemble de la réalisation de Tom Hooper reste trop sage, presque académique parfois. Le sujet fort intéressant me semble cette fois avoir plutôt intimidé le réalisateur. C’est le grand triomphateur des Oscars, avec Black Swan.
Nous découvrirons en avril, à Rieupeyroux, Black Swan de Darren Aronofsky en VO et True Grit des frères Coen en VF, oublié du palmarès. L’occasion de reparler de ces films…
Pour ces 3 semaines qui viennent, nous vous invitons à des fréquents allers-retours entre ici et ailleurs, à travers des films de genre fort différents une nouvelle fois.
Tout d’abord une semaine évènement, avec deux rencontres importantes avec des réalisateurs présents à Rieupeyroux pour une sorte de mini festival de printemps.
Mercredi 16, Yves Jeuland, réalisateur de documentaires cinéma ou télé multi primé, présentera son « Georges Frêche » Le Président, film remarqué autour de l’incontournable figure du Président de la région Languedoc-Roussillon, lors de sa dernière campagne des élections régionales. Yves Jeuland aime la politique et avait déjà filmé une campagne, celle des municipales de 2001, à Paris (Paris à tout prix, 7 d’or 2002). Il connaît la région et Georges Frêche l’a laissé libre de travailler comme il l’entendait. Ce sont ses choix qu’il expliquera, et bien sûr, avant les délicieuses tartines des Rencontres, nous pourrons débattre aussi de ce "modèle" de la politique française (40 ans de pouvoir) ou sur cet "anti-modèle", taxé de populisme parfois qu’incarnait Georges Frêche.
Samedi 19, nous fêterons pour la troisième fois le nouvel an iranien (Norouz) et accueillerons le cinéaste Mehran Tamadon, auteur de Bassidji, un film documentaire consacré aux défenseurs de la République Islamique d’Iran. C’est donc, pour le réalisateur, une sorte de tournage en terre ennemie car Mehran Tamadon est un iranien de la diaspora vivant en France depuis longtemps, un démocrate athée. Une soirée au cœur du débat actuel, de ce printemps des peuples arabes qui annonçait sans doute la contestation populaire des élections présidentielles à Téhéran. Mehran Tamadon (architecte, écrivain) est aussi un homme d’une grande culture, connaisseur de la langue persane, et c’est un bonheur pour nous de fêter avec lui cette grande fête perse qu’est le nouvel an iranien. La séance sera précédée d’une dégustation de petites spécialités iraniennes grâce à la participation de la famille Razavi.
Après ces 2 films politiques, la comédie rafraîchissante de Philippe Le Guay Les femmes du 6ème étage avec Fabrice Luchini et Sandrine Kiberlain entourés d’une pléiade d’actrices ibériques dont la sympathique et talentueuse Carmen Maura.
Nous découvrirons ensuite une comédie dramatique d’Alix Delaporte Angèle et Tony, avec la belle Clotilde Hesme et un nouveau venu talentueux Grégory Gadebois. C’est un premier film réussi sur une rencontre assez improbable entre des personnages que tout oppose (physique, vie professionnelle, valeurs…). Sujet bateau me direz-vous, mais justement on est au bord de la mer et les enjeux sociaux ne sont pas laissés à l’écart. Clotilde Hesme, très en vue dans Les chansons d’amour de Christophe Honoré, confirme ici un potentiel à l’époque évident.
Avec Même la pluie d’Iciar Bollain, film nominé aux Oscars pour le Meilleur Film Etranger, c’est une œuvre ambitieuse que nous découvrirons. C’est à la fois un tournage qui est en scène et un conflit autour de l’eau (guerre de l’eau avant l’heure ?), le tout se déroulant en Bolivie, cadre du tournage. Un grand sujet, une réflexion politique, morale, sur le monde et les images du monde d’aujourd’hui. Gael Garcia Bernal est le réalisateur-héros du film et sa présence devrait attirer quelques admiratrices… ou admirateurs (voir Carnets de voyage et son interprétation du Che !) Nous avions découvert avec grand intérêt Ne dis rien d’Iciar Bollain, il y a 3 ans, durant le festival. C’était un film fort sur le sujet délicat des femmes battues.
Pour le début du mois d’avril, 2 films très différents à l’affiche. Le Marquis de Dominique Farrugia (l’ex des Nuls–Canal+ !) avec Franck Dubosc et Richard Berry pour un duo comique s’inscrivant dans la tradition française du couple formé par un naïf pas si bête (Bourvil, Pierre Richard, et Franck Dubosc – cherchez l’erreur !) et ici un gangster peu scrupuleux (Yves Montand, Gérard Depardieu, et Richard Berry). Un grand divertissement populaire où l’on retrouve aussi l’excellent et rare Jean-Hugues Anglade.
J’ai gardé le meilleur pour la fin, avec le dernier film de Manoel De Oliveira L’étrange affaire Angélica. Le vieux maître portugais (101 ans, béni récemment par le Pape !) reste une référence pour tout ce qui concerne le travail de réalisation, le choix des plans, leur composition, sa réflexion toujours moderne et loin des impératifs commerciaux sur le cinéma. Ses œuvres marquantes Val Abraham, Non ou la Vaine Gloire de commander ont recueilli en France au tournant des années 80-90, un grand succès d’estime. Depuis quelques années, Manoel De Oliveira propose des films plus courts, plus abordables sans doute, mais tout aussi mystérieux et impressionnants (Porto de mon enfance, Belle toujours, Le miroir magique, vus à Rieupeyroux). Un grand moment de cinéma avec le plus vieux jeune homme du cinéma portugais et mondial. Pourvu que le Pape lui prête vie !
Guy Pezet |
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| NEWSLETTER 27 avril - 17 mai 2011 | | |
Même
si le monde
cinématographique a les yeux tournés vers Cannes,
des films intéressants de
cinéastes reconnus arrivent en ce printemps sur nos
écrans. C’est le cas, bien
sûr, d’Essential
Killing du
très rare cinéaste
polonais, Jerzy Skolimoski. Car il y a eu une
génération de grands cinéastes
polonais, très en vue dans les années 70-80,
souvent en rupture avec le régime
communiste, mais capables de produire de grandes œuvres au
cœur de la culture
et de la politique polonaise.
Bien
sûr, Roman Polanski, dont
Jerzy Skolimoski fut le scénariste dans les
années 60 (Le couteau dans l’eau),
a mené une carrière internationale
après avoir quitté la Pologne, avec le
talent multiforme qu’on lui connaît. Mais on ne
peut oublier Andrzej Wajda qui
enthousiasma le public cinéphile avec La
Terre
de la grande promesse en 1976, avant la reconnaissance
cannoise de L’homme
de marbre puis de L’homme de fer (Palme
d’Or en 1981).
Autre
Andrzej célèbre, Zulawski
et son cinéma emporté, passionnel donnant
à Jacques Dutronc et Romy Schneider
une nouvelle image cinématographique dans L’important
c’est d’aimer …
Et
que dire de Kieslowski, de son
Décalogue, de sa trilogie
Trois couleurs - Bleu, Blanc, Rouge…
cinéaste parmi les plus importants des années 90,
inscrit comme ses
compatriotes au cœur de la dialectique polonaise, mais aussi
ailleurs,
cinéastes européens, sans
frontières !
Jerzy
Skolimoski est sans doute
le moins connu, mais de Haut les
mains !
à Deep End dans les
années 60-70, en
passant par le remarquable Travail au
noir (Moonlighting) avec
Jeremy
Irons, sans oublier Le bateau phare
et son huis clos étouffant des années 80 opposant
Klaus Maria Brandauer et
Robert Duvall, ses films ont toujours laissé une trace.
C’est que Jerzy Skolimoski
est un grand metteur en scène capable de jouer avec les
cadres, le rythme, la
lumière pour donner une profondeur dramatique au paysage, au
décor, mettant à
distance les affects tout en imposant un personnage, une silhouette
forte.
C’est une joie de le retrouver au meilleur de sa forme dans
une sorte de
thriller dramatique et politique, quoi qu’il en dise, avec
pour interprète
l’excellent et trop rare Vincent Gallo. Oui, le Vincent Gallo
de Tetro de Francis Ford Coppola,
celui d’Arizona Dream d’Emir
Kusturica, avec sa
technique proche de celle de l’Actors Studio, sa
manière d’incarner un
personnage, de le faire sien. Le mercredi 4 mai à 21h et le
dimanche 8 mai à
17h, rendez-vous avec un grand cinéaste,
un grand acteur et, me
semble-t-il, un grand film !
Bien
sûr, je ne peux pas autant
insister sur les films pour enfants comme Rango de
l’intéressant Gore
Verbinski, celui de Pirates des
Caraïbes,
qui a bénéficié d’un bon
accueil critique, ou Titeuf,
le film.
Bien
sûr, Tous
les soleils de
Philippe Claudel, romancier à succès et
cinéaste, sent bon la comédie italienne
et l’histoire semble attrayante. Pour peu qu’il ait
gardé un
peu de son pouvoir comique et corrosif, son film
devrait réchauffer le cœur.
Je
ne connais pas Bruno Chiche,
mais un réalisateur capable de réunir
à l’écran deux monstres
sacrés comme
Gérard Depardieu et Niels Arestrup doit avoir du
répondant. Je
n’ai rien oublié est un drame
autour de la maladie d’Alzheimer et des
secrets de famille qui bénéficie d’un
bon bouche à oreille, alors même que les
médias l’ont boudé. Le budget
communication de la production devait être trop
réduit ! Nous aimons bien donner leur chance
à ces petits films français
souvent originaux et touchants (voir Angèle
et Tony). Chiche, j’irai le voir !
Avec
La fille du puisatier
de
Daniel Auteuil, c’est plutôt l’overdose
de promotion. Les scènes vues à la
télé
sont étonnantes : en dehors des acteurs, rien ne
semble changé ! Déjà
l’histoire de cette fille du puisatier m’a toujours
paru datée et sans intérêt,
c’est donc un tour de force que de la reprendre en 2011.
C’est sûr la Provence
semble belle, l’accent de Galinette est bien là,
et la France de Pétain aussi
(pas d’usines, pas d’arabes, pas de noirs, pas de
pédés, des frontières
d’avant
l’Espace Schengen dans une France envahie par les
Allemands !...) En 40, à
sa sortie, on entendait le discours de Pétain demandant
l’armistice. En 45,
pour une sortie aux USA, on entendait un certain appel de De Gaulle. En
2011,
quel discours de Sarkozy entendra-t-on ? Voilà un
des enjeux du
film ! Cela promet. Mais on a les nostalgies que
l’on mérite ! On a
l’opportunisme qu’on peut ! D’un
des Pagnol les plus surestimés (pensez à Regain, Angèle,
Jofroi, La
femme du boulanger, tous autant de
chefs d’œuvre !) qu’aura fait
Daniel Auteuil et ses acteurs devant se
confronter à l’ombre écrasante de
Raimu, Fernandel, Charpin, trois monstres
sacrés du mélodrame
provençal ? Pour peu que l’OM soit
champion, Auteuil
et Pagnol vengeront le sud pittoresque de la sympathique
déculottée ch’ti lilloise,
au grand dam des parigots tête de veau de plus en plus
absents de la grande
scène de la comédie hexagonale. On a les
comédies et le championnat que l’on
mérite ! Ce n’est pas ce lyonnais de M. Brun qui me
contredira !
J’ai
gardé pour la fin deux films
à découvrir, inscrits eux dans une
modernité rassurante (par rapport à ce que
je viens d’évoquer !) mais bien
sûr dérangeante et parfois inquiétante.
Incendies
de Denis
Villeneuve, inconnu canadien, s’est tout de suite fait un
prénom, après la
projection de son œuvre à Venise en septembre
2010. Le film a enthousiasmé,
agacé aussi, dérangé bien
sûr. C’est que la mise en scène semble
ambitieuse et
l’histoire forte. Adapté d’une
œuvre théâtrale de Wajdi Mouawad
(invité au
Festival d’Avignon en 2011, programmation à
laquelle ne participera pas
Bertrand Cantat). C’est une sorte de tragédie
moderne, avec deux jumeaux sur la
trace de leur mère, de leur père, de leur
frère dans un Proche-Orient en
guerre. Des images fortes, de grands interprètes (Lubna
Azabal vu dans Exils de Tony
Gatlif), une œuvre 11 fois
récompensée dans les festivals !
J’y cours !
WasteLand
de Lucy Walker,
sur son intervention plastique fameuse dans la plus grande
décharge du monde à
Jardim Gramacho près de Rio de Janeiro. Son projet
artistique global s’est
construit sur trois années, que le film retrace. La trace
laissée,
l’universalité profonde du projet et de sa
réalisation ont assuré à Vik Muniz
une reconnaissance artistique dont le film se fait
l’écho. Un document et un
artiste à découvrir d’urgence,
à l’heure du jetable et du recyclable.
Tout
cela sans oublier la soirée ciné-débat autour du film Une
place au village vendredi 29 avril à
partir de 20h…
Guy Pezet
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| NEWSLETTER 18 mai - 7 juin 2011 | | | Non,
je ne suis pas à Cannes, mais comme les plus
cinéphiles d’entre vous, j’essaie
de suivre un peu/beaucoup ce qui s’y passe. Du festival
cannois, riche de
promesses, j’attends qu’elle clarifie un peu le
grand embouteillage des
sorties, auquel nous sommes hebdomadairement
confrontés : séquels U.S,
premiers films français, comédies mollassonnes,
remakes, films à thèse,
engagés, venues de cinématographies moins
exposées, œuvres de cinéastes
reconnues... Difficile de faire un choix, de satisfaire les divers
publics
visés par ces productions plus ou moins ambitieuses. Tout en
nous rappelant nos
principes : éclectisme,
fidélité à des auteurs, soucis de
donner leur
chance à des films parfois confidentiels... nous devons
chaque semaine retenir
deux films sur 15 sorties en moyenne. C’est un
défi parfois frustrant mais
aussi stimulant.
A
propos de films éclairants, d’œuvres
permettant de se rappeler que le cinéma
est un art au cœur de la réalité
contemporaine, je tiens à remettre en avant le
film de Skolimovski Essential Killing,
œuvre magistrale tout en
décélération, dialoguant de
façon à la fois étroite et
distanciée avec
l’actualité le plus brûlante :
l’assassinat de Ben Laden. Ce que nous ne
montrera pas l’armée américaine, ce
qu’elle ne nous dira pas, or ses mensonges
écrans, sa communication si peu
maîtrisée, ce fils, sans véritable
dialogue
avec des personnages sans noms (une cible à abattre)
s’en fait l’écho.
Bien
sûr, ce film a été doublement
primé à Venise et comme la plupart des grands
films vus depuis janvier, il doit sa carrière à
ses grands rendez-vous
médiatiques européens défendant le
7eme art sans tourner le dos à l’industrie
du divertissement.
Donc
Cannes me donne espoir, et outre le Woody Allen annuel, nous
découvrirons avant
l’été, le dernier film des Dardenne, The
Tree of life de Terence
Malik, si attendu... Du bonheur en perspective !
En attendant
pour les 3 semaines à venir, notons le retour sur nos
écrans de Wim Wenders
avec Pina, un documentaire consacré
par le grand Wim à une autre artiste
allemande de renommée internationale Pina Baush. La
chorégraphe est décédé en
2009 et le documentaire de Wenders peut s’entendre davantage
comme un hommage à
la grande prêtresse de la danse moderne. C’est
aussi sa troupe du Tanztheater
de Wuperthal que nous découvrirons. De Wenders
documentariste, rappelons nous
l’excellent Buena Vista Social Club et faisons confiance
à ce véritable metteur
en scène, pour nous faire découvrir cette
icône de la danse, radicalement
inscrite au cœur des problématiques modernes.
A noter
aussi
le retour sur nos écrans de deux cinéastes dont
nous avons aimé le 1er
film : Cécile Sciamma, deux ans après sa
Naissance des pieuvres,
film très juste, découvert à Cannes,
nominé aux Césars, et qui parlait de
jeunes adolescentes, revient avec un film
bénéficiant d’un très bon
bouche à
oreille Tomboy. C’est
encore une fois à des enfants mais de 10-11
ans que s’intéresse la cinéaste.
C’est l’âge de Laure, garçon
manqué, se
faisant passer pour Michael et séduisant Lisa… En
mal d’identification
sexuelle, un drame au cœur d’un
été plein de découvertes. Les enfants
sont
maîtres du jeu (cf Cria Cuervos disent certains) et
Cécile Sciamma confirme son
talent de réalisatrice sensible, soucieuse de
ménager le suspense, accompagnant
les jeux innocents et troublants des enfants.
De Martin
Prouvost, cinéaste belge, on se souvient du classique et
efficace Séraphine,
belle évocation d’une femme peintre
oubliée, magnifiquement interprétée
par
Yolande Moreau. Multiprimé aux Césars, ce film
avait obtenu un beau succès
d’estime dans notre salle. Nous retrouverons dans Où
va la nuit,
la grande Yolande composant de façon bouleversante, le
terrible personnage de
Rose : femme assassin de son tyran de mari, essayant de
refaire sa vie
ailleurs. Un film à découvrir, de
façon à pouvoir répondre à
l’essentielle
question du film Où va la nuit ?
A
l’affiche
également des films destinés en
priorité au jeune public :
*
Rio de Saldanha,
mais celui de L’âge de glace, qui est en passe de
franchir la barre des 3
millions de spectateurs. C’est le film d’animation
du moment pour petits et
grands !
*
Thor pour
enfants, adolescents et adultes en mal de grandes fictions fantastico-
politiques. C’est aussi l’occasion de retrouver
déjà avec plaisir Natalie
Portman, et de revoir Antony Hopkins, un des acteurs phare des
années 90.
Ne
connaissant
pas Si je meurs, je te tue,
d’Hiner Sallem, film défendu par
France Inter, auquel nous donnons une chance, un écran, tant
il a bénéficié
d’une bonne réception critique, je ne peux en dire
davantage que ce que vous en
dit le programme,
de
même du
film De l’eau pour les
éléphants de Francis
Lawrence, une grande
production hollywoodienne, porté par les
télévisions, à cause de la
présence de
Robert Pattinson, l’acteur vedette de Twilight. Outre ce cher
Robert qui va
attirer les jeunes rieupeyrousaines, on retrouve le fascinant et
talentueux
Christoph Waltz ; oui le fabuleux comédien
primé à Cannes pour son
interprétation d’un officier nazi dans Ingloriours
Bastard de Tarantino.
Ajoutons-y Reese Wintherspoon et vous comprendrez pourquoi nous avons
retenu ce
grand film à l’ancienne, se déroulant
en partie dans le monde du cirque, peu
après la crise de 29 aux Etats-Unis. A découvrir
donc, malgré ce titre improbable
De l’eau pour les éléphants.
A
bientôt donc
pour les commentaires cannois et un gros mois de juin, avec toutes les
sorties
qui s’annoncent, et donc les propositions de
cinéma que nous pourrons faire, Pirate
des Caraïbes, bien sûr, mais aussi le
Woody Allen, les frères Dardenne…
Guy Pezet
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| NEWSLETTER 8 - 28 juin 2011 | | | JUIN AU CINÉMA
Avec les premières sorties cannoises, Juin est traditionnellement un mois riche en bonnes surprises et propice aux découvertes d’œuvres majeures de l’année cinématographique. La réception positive de la plupart des films en sélection cette année n’a fait qu’accroître notre envie de découvrir ces films dont on nous a tant parlé : le dernier Almodovar, le Moretti, le Guédiguian, Le Havre de Aki Kaurismäki, Polisse, The Artist et bien sûr Melancholia du sulfureux Lars Von Trier, Les Bien-Aimés de Christophe Honoré … Que d’envies de cinéma, notre mémoire est pleine de noms, de titres qui nous annoncent un bel automne, puisque pour tous ceux-ci nous devrons attendre fin août - début septembre (Ah oui, le festival !) pour les découvrir.
Toutefois, dès ce mois-ci, nous pouvons retrouver sur nos écrans des films primés et bien reçus à Cannes.
Dès cette semaine débarque sur nos écrans le 4ème Pirates des Caraïbes, avec l’inusable Johnny Depp, son maquillage stonien (Keith Richard pour modèle), son côté folle de la rade un brin virile, son charme quoi ! Avec en prime la belle Penelope Cruz, tissant sa voile autour de lui. Du grand spectacle, d’énormes moyens, et quand le scénario est en panne, un recours typique des studios hollywoodiens au vieux fond légendaire européen (la fontaine de jouvence) et même (merci Homère !) à l’épisode des sirènes. Si j’en juge le nombre d’entrées, l’épisode est réussi et Jack Sparrow vogue vers une cinquième rugissante.
Autre film présenté et primé à Cannes fin mai, Le gamin au vélo des frères Dardenne. Les deux cinéastes belges sont régulièrement primés à Cannes (le Grand Prix pour celui-ci, la Palme d’Or pour Rosetta, des récompenses diverses pour leurs autres œuvres comme Le Fils ou Le Silence de Lorna). Ces récompenses sont méritées tant les deux frères produisent des œuvres de qualité, marquantes, inscrites avec force dans notre société en crise depuis la fin des années 90 (voir leur 1er opus La Promesse sur l’exploitation de la main d’œuvre immigrée en Belgique). Ils ont bouleversé le cinéma mondial dans le sillage fulgurant de Rosetta, personnage crevant l’écran au sens fort du terme et dont la trajectoire interrogeait l’ensemble du cinéma "réaliste" européen. Toujours soucieux de ménager des rencontres fortes et des situations tendues, les Dardenne proposent une évolution, un devenir à leurs personnages quand bien même leur situation semble inextricable et c’est cela qui passionne et impressionne. Ici, entre Samantha (Cécile de France), coiffeuse à vélo, et Cyril, gamin au vélo, en rupture familiale par le fait d’un père en pleine crise (Jérémie Renier, acteur cher aux Dardenne et à notre admiration cinéphile). Le film, de l’avis de tous, est moins pesant que les précédents et il trouve un public plus large (-5% seulement de baisse de fréquentation en 3 semaines).
Avec La Conquête de Xavier Durringer, c’est un film évènement présenté au festival hors compétition que nous proposons. Durringer met en scène la prise de pouvoir de notre président en 2007, en pleine crise familiale avec la déjà presque oubliée, mais alors indispensable, Cécilia. Sujet original et risqué que Durringer a porté avec force avec une pléiade d’acteurs connus, endossant les rôles peu évidents : Denis Podalydès pour Nicolas S, Florence Pernel, bluffante, pour Cécilia S, Bernard Le Coq pour Jacques Chrirac… Un film à découvrir pour juger de l’intérêt ou pas d’une telle entreprise. Une nouvelle manière de penser le film politique ?
Dans le prochain programme, fin juin, ce sera Minuit à Paris de Woody Allen et, début juillet, The Tree of Life, Palme d’Or, que nous découvrirons coup sur coup. C’est dire si Cannes rythme notre début d’été !
Juin est aussi le mois des rencontres, puisque nous aurons deux soirées importantes autour de deux films de grande qualité : le documentaire musical Benda Bilili ! et le film iranien primé au Festival de Venise en 2010 Women without Men.
Pour Benda Bilili !, documentaire découvert en novembre à Rieupeyroux, c’est l’occasion de rencontrer l’équipe du Festival Africajarc, où le Staff Benda Bilili se produira fin juillet, pour une soirée de rêve et de fête. Avec Benda Bilili !, le film, c’est la Fête de la Musique avant l’heure ! L’histoire de cet orchestre du Congo est exemplaire, et les acteurs du documentaire l’inscrivent dans la terrible réalité sociale et économique du pays. De l’énergie positive, un humanisme sincère et un groupe proposant un univers musical original que nous tenions à faire découvrir à un plus grand nombre.
L’équipe d’Africajarc, faite de bénévoles, sera présente et pourra expliquer la naissance et le développement de son projet depuis le début des années 2000. Africajarc est devenu un évènement musical phare de la région et l’association œuvre comme la nôtre, sur ce terrain culturel rural, proposant certes des spectacles mais aussi de multiples rencontres, des liens avec l’Afrique, réussissant à métisser la belle cité lotoise au cœur de l’été.
Une soirée enrichissante pour tous donc, ce mercredi 15 juin à 21h à la salle Gilbert Alauzet.
La semaine suivante, nous accueillerons une amie fidèle des Rencontres : Mojdeh Famili, spécialiste du cinéma iranien pour prolonger la projection de Women without Men, film de Shirin Neshat consacré à l’Iran des années 50 et à quatre portraits de femmes en leur jardin alors que les évènements politiques se précipitent. Coup d’état orchestré par la CIA, aspiration à l’indépendance véritable… Une situation complexe que Mojdeh Famili éclairera une nouvelle fois et un cinéma iranien toujours dynamique et créateur en dépit du régime oppressant de la dictature islamique, dont elle nous fera découvrir la force et la vitalité ! Rendez-vous le samedi 25 juin à 21h à Rieupeyroux !
J’allais oublier Coup d’éclat de José Alcala avec la grande Catherine Frot, film se déroulant à Sète et s’inscrivant dans le cadre de notre sinistre politique de traque des clandestins, des sans papiers. C’est à la fois un film policier et un film politique donc avec Catherine Frot en Capitaine de Police, humaine, prenant à cœur son enquête, sa recherche. Un film bien reçu par l’ensemble de la critique au début du mois de mai, avant Cannes.
Guy Pezet |
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| NEWLETTER 29 juin - 26 juillet 2011 | | | Comme prévu, juillet sera un mois bien plein à Rieupeyroux : de grands films populaires pour tous, des œuvres fortes pour prolonger notre réflexion admirative sur les films issus de grands festivals.
Après le peu convaincant La conquête et son côté concours de sosies dans un film sur la politique mais pas politique du tout, Le gamin au vélo a tenu en haleine une salle bien remplie, confirmant, s’il le fallait, l’importance de l’œuvre des frères Dardenne. Une nouvelle fois, comme pour Rosetta, leurs personnages déboulent dans notre imaginaire restreint et formaté dramatiques télé et font éclater le cadre du film social et réaliste, trop étroit pour le potentiel fictionnel de leurs héros.
Pour juillet, à l’affiche, deux œuvres attendues de cinéastes reconnus et aimés en Europe : le prolifique Woody Allen pour Midnight in Paris, film avec qui vous savez, dans un petit rôle, choisi pour la cérémonie d’ouverture à Cannes. Après Londres, Barcelonne, Woody Allen inscrit à Paris une fiction dont il n’est pas le héros, mais où l’on retrouve intact son amour pour la magie du cinéma, son sens de la comédie. Un Paris magique et envoûtant pour un film exquis, charmant, si l’on en croit les critiques cannois.
Terrence Malick, cinéaste bien moins consensuel est surtout rare (5 films en 40 ans !), a reçu une Palme d’Or annoncée pour The tree of life que je n’ai pas vu mais qui déroute, qui interroge tant l’ambition purement cinématographique du film semble pour certains démesurée par rapport à l’intérêt du propos. Les questions essentielles sont posées paraît-il… mais ce qui restera comme toujours avec Terrence Malick, c’est la splendeur de la mise en scène si j’en juge par ces opus précédents : la dernière heure magique de La ligne rouge (1999), l’incendie des Moissons du ciel (1979), la beauté sauvage de La balade du même adjectif (au milieu des seventies)… C’est aussi cette ambition artistique-là que nous aurons la chance de découvrir en ce début juillet.
Toujours dans la même veine des films portés par leur reconnaissance dans les festivals internationaux, Animal kingdom de l’inconnu australien David Michôd. C’est un film policier original tourné à Melbourne, cité peu familière aux spécialistes de drame policier, et basé sur un scénario fort autour du personnage clef de Joshua qui doit choisir son camp entre sa famille et la police. A découvrir donc à Rieupeyroux où nous sommes attachés à donner leur chance aux premiers films de qualité, primés sur tous les continents.
Plus attendu, car bénéficiant d’une bonne promotion radio et télé, le grand vainqueur du festival de la Berlinade 2011, le film iranien La séparation. Asghar Farhadi n’est pas un inconnu pour nous, puisque nous avions découvert il y a deux ans l’intriguant A propos d’Elly au festival. Nous y avions découvert une classe bourgeoise urbaine de l’Iran contemporain, en proie aux intrigues amoureuses, mais aussi au drame subit venant bouleverser les tranquilles vacances au bord de la mer de ces jeunes couples iraniens. Cette œuvre chorale, aux tonalités diverses, m’avait profondément marqué et je me souviens l’avoir retenue dans ma chronique Pas vu, A voir de l’émission Cinécessaire sur CFM. Dans La Séparation, Asghar Farhadi s’impose comme un cinéaste moderne, habile à interroger le couple en crise de façon originale et universelle à la fois. La confirmation d’un grand talent donc, à laquelle nous vous convions.
En direction des plus jeunes et de leurs parents, plusieurs films aussi ce mois-ci : X-men : le commencement où Matthew Vaughn raconte avec habileté la jeunesse de deux de ses héros. Comme toujours le thème de l’exclusion, de la ségrégation est au cœur du scénario à travers l’opposition entre les deux super-héros, Magneto et Professeur X… De la science-fiction moderne, en liaison avec des évènements du XXème siècle et une saga originale qui s’installe sur nos écrans.
Avec Le chat du rabbin, c’est à une adaptation de sa propre BD que se livre Joann Sfar, artiste aux talents multiples (voir Gainsbourg, vie héroïque, son précédent film plutôt réussi selon moi). C’est un chat du rabbin poétique à la fois œcuménique et antireligieux selon Libé, le plus souvent réjouissant, comme la BD à succès éponyme. Ce conte moderne séduit et assure un nouveau succès à son auteur. A découvrir en famille, avant de relire la BD !
Toujours à voir en famille, Monsieur papa de Kad Merad, réalisateur et interprète de cette comédie de bon aloi aux personnages somme toute attachants. Outre Kad Merad, si fréquent dans les productions hexagonales, on retrouve Michèle Laroque, la femme du tout nouveau Ministre de l’Economie, celle qui fait une grande carrière aux Etats-Unis, si j’en crois les rapports du fisc. Cela n’a rien à voir avec le film, bien sûr !
Enfin, au coeur de juillet, Kung Fu Panda 2, film d’animation de Jennifer Yuh, plein d’humour, de rebondissements, dans la lignée du 1 que je n’avais pas vu, un des films les plus attendus par les plus jeunes !
Guy Pezet
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| NEWSLETTER 27 juillet - 23 août 2011 | | | Même si nous souhaitons à tout le monde de bonnes vacances ensoleillées, nous nous félicitons des bons chiffres de fréquentation en ce mois de juillet. Soucieux de varier notre offre cinématographique, de toucher tous les publics, nous vous proposons à nouveau un programme éclectique, où quelques pépites à découvrir voisinent avec de grands films populaires, tout en faisant une large part à la production française. Qu’on en juge !
Passons rapidement sur deux films très attendus par le jeune public. Harry Potter et les reliques de la mort, dernier opus de la fabuleuse série adaptée des romans de JK Rowling. David Yates, cinéaste honnête, a mis tout son savoir pour réussir ce dernier, pour recréer l’univers fantastique du roman et magnifier l’ultime combat d’Harry le Bien contre Voldemort le Mal. Pour Hop, film d’animation de Tim Hill, mêlant images de synthèse et prises de vue réelles, avec son titre de boisson pour enfants, il s’attaque à la curieuse histoire du Lapin de Pâques !!! Il y avait les œufs, les cloches, j’avais oublié le lapin !... A n’en pas douter, un film passionnant pour les plus jeunes.
La comédie à la française est aussi à l’affiche bien sûr avec deux fleurons de ce savoir-faire, parfois enviés à l’étranger, et qui a le mérite de nous éviter certaines lourdingues comédies made in USA.
Avec Les Tuche, c’est avec le principe du mélange de classe détonnant que l’on renonce. Après le subtil La vie est un long fleuve tranquille et ses pittoresques Groseille et Le Quesnoy, après Neuilly sa mère !, voici Les Tuche, chômeurs démerdards du Nord, débarquant à Monaco chez les riches, avant ou après le mariage du Prince Albert (l’histoire ne le dit pas !). Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau, acteurs sympathiques s’en donnent à cœur joie. Un des succès de cet été pluvieux sur fond de canicule annoncée !
Ni à vendre ni à louer avec Jacques Gamblin, Maria de Medeiros et l’incontournable François Damiens est une œuvre sans doute plus ambitieuse de Pascal Rabaté, dont nous avions bien aimé Les petits ruisseaux. Un week-end à la plage, sous le soleil et au printemps, voilà qui relève de la provocation me direz-vous. Pourquoi pas ? En tout cas, Pascal Rabaté, dessinateur BD reconnu, croque ses personnages avec envie et talent. Un talent qui se confirme donc ! Jacques Gamblin, si convaincant dans Le nom des gens, comédie française de référence, confirme son statut d’acteur "banquable" au sein de la production hexagonale.
De France également nous viennent deux films dramatiques, obtenant un joli succès d’estime. Omar m’a tuer de Roschdy Zem revient sur la célèbre affaire, en faisant une large place à l’enquête de Pierre-Emmanuel Vaugrenard, écrivain convaincu de l’innocence d’Omar Raddad. Sami Bouajila est, de l’avis de tous, excellent et peut-être en piste pour un César. C’est un des meilleurs acteurs français de sa génération, depuis déjà un bon bout de temps (voir Indigène ou Hors-la-loi de Rachid Bouchareb).
Avec My little princess d’Eva Ionesco, c’est à un film original sur un sujet difficile auquel nous allons assister. La réalisatrice s’inspire de sa propre histoire d’enfant-modèle pour sa mère photographe reconnue. Ce qui aurait pu être un conte de fée devient un cauchemar pour la fillette, sorte de lolita adulée du monde branchouille de la photographie parisienne d’art. Isabelle Huppert est la mère, apportant avec son talent inouï d’actrice une sorte de folie douce ou dure à ce personnage peu banal. Ce premier film a été remarqué dans les sections parallèles à Cannes, où Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Love aurait dû être montré si l’on en croit l’ensemble de la critique. Nous avions négligé les deux premiers films de cette jeune réalisatrice, alors même qu’ils étaient entourés déjà de commentaires flatteurs. Ayant découvert avec plaisir à la télé Le père de mes enfants et Tout est pardonné, c’est avec plaisir que je découvrirai son dernier film. Cet amour de jeunesse, c’est celui de deux adolescents, Camille et Sullivan qui s’éprennent, se perdent, se retrouvent. Mia Hansen-Love filme avec justesse, avec une précision fine ces divers états d’âme, s’appuyant sur la subtilité de deux jeunes comédiens remarquables : Lola Creton, en piste pour le César du Meilleur Espoir Féminin, que l’on retrouvera dans le prochain Olivier Assayas, et Sebastian Urzendowsky, l’adolescent troublant du dérangeant Pingpong, film allemand découvert à Rieupeyroux en 2006. Un film à découvrir de toute urgence en cette fin du mois d’août, quand meurent les amours d’été.
Enfin, dès ce mercredi, La dernière piste de Kelly Reichardt, un western venant du meilleur du cinéma indépendant américain. Kelly Reichardt s’est fait connaître avec le très beau Old joy, vu la semaine dernière à la télé avec beaucoup de plaisir. Elle y filme avec beaucoup de justesse ses personnages, et de façon remarquable la nature, la forêt. Ici, c’est à un paysage et une nature plus sauvages que sont confrontés les personnages entourant le trappeur Stephen Meek, dans l’Oregon du milieu du XIXème siècle. Un bon western, comme un bol d’air frais au milieu d’une production faisant une place excessive aux films urbains, aux fictions enfermées dans des chambres, des salles d’audience, des cellules étroites de commissariats.
NB : Nous n’avons pas oublié les films primés et remarqués à Cannes. Pater d’Alain Cavalier, Melancholia de Lars Von Trier, Les bien-aimés de Christophe Honoré, Habemus papam de Nanni Moretti, le dernier Almodovar La piel que habito seront bientôt sur nos écrans. Nous pourrons continuer à explorer le palmarès, après les visions du remarquable Gamin au vélo des Dardenne, et celle de la discutée Palme d’or The tree of life de Terrence Malick, discutée mais par sa qualité cinématographique indiscutable, me semble-t-il.
Guy Pezet |
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| NEWSLETTER 24 août - 13 septembre 2011 | | | Le cinéma !
¡Que calor ! Enfin l’été, et avant le festival de septembre, de la chaleur tropicale sur notre écran rieupeyrousain, dans une salle pleine de fraîcheur !
En effet, avec Case départ, c’est aux Antilles que nous embarquons pour une comédie politique, succès surprise de cet été. Fabrice Eboué, acteur, scénariste et réalisateur du film, et ses deux complices Ngijol et Skeketee jouent sur le voyage dans le passé colonial et esclavagiste de nos chères Antilles, pour nous divertir tout en nous faisant réfléchir : rire et réflexion, cocktail salutaire par les temps qui courent !
Et un mojito por favor ! Avec Chico & Rita, Fernando Trueba, cinéaste espagnol reconnu internationalement (Belle époque, Calle 54…) associé ici au graphiste Javier Mariscal, nous emmène à Cuba dans les années 50, dans le milieu du jazz latino. Ce film d’animation évoque la vie, les amours tumultueux de Chico, pianiste de génie, et Rita, une chanteuse au charme incandescent. La reconstitution par le dessin donne une nouvelle vie à ce mélo loin du film à costume avec décor en carton pâte. La musique est de Bebo Valdés, un des grands musiciens de jazz de la scène cubaine, père du pianiste Chucho Valdés, fondateur du groupe Irakere. On y court donc en dansant ce mercredi 24 août !
Et, parce que la musique noire et/ou blanche adoucit les moeurs, on la retrouve le mercredi 31 août avec Killing Bono, une semaine avant le coup d’envoi du festival ! Ce qui a changé, c’est le climat et l’époque, l’Irlande des années 75 et une sorte de comédie ayant pour cadre la scène rock des teenagers irlandais, au moment de l’apparition de U2 et de l’avènement de Bono, le camarade de Neil McCormick, le rock looser héros du film. D’après Télérama, cette comédie plaisante sur les coulisses de la scène rock se rapproche de l’esprit des Commitments d’Alan Parker. C’est dire !
Je passe sur Les Schtroumpfs, film d’animation américain adapté des BD de Peyo. Je n’en ai jamais lu une en entier et n’ai donc aucun avis sur ces petits hommes bleus planétairement reconnus.
Je préfère dire un mot d’un excellent film vu fin juillet, La dernière piste de Kelly Reichardt. Ce western minéral et minimaliste en terme d’action nous ramène aux origines de ce genre mythique : la découverte d’espaces hostiles, de figures archétypales comme celle du trappeur et de l’indien, et une communauté qui a du mal à se former, avec le rôle essentiel, humaniste des femmes, dans ce difficile accouchement. Plus tard, l’espace maîtrisé, les cow-boys pourront arriver et la mythologie du western évoluer ! Ici, c’est une sorte de remarquable scène primitive avec déjà un débat (quasiment) sur les valeurs et la grandeur silencieuse du paysage. Kelly Reichardt, vraiment une cinéaste à suivre, tant la rigueur précise de sa mise en scène en impose.
Et comment ne rien dire ici d’Un amour de jeunesse, un film maîtrisé, d’une grande limpidité, et qui a le courage de traiter sérieusement, magnifiquement du sentiment amoureux, de la passion amoureuse chez deux adolescents. Outre la qualité de cette mise en scène « sans rien en elle, qui pèse ou qui pose » pour paraphraser le grand Verlaine, c’est le choix et la direction des acteurs qui en impose ici : Lola Creton bien sûr avec sa grâce grave et mystérieuse, Sebastien Urzendowsky aussi avec quelque chose de plein, de lourd, mais aussi de doux et de gracieux, loin des chichis virils propre à la plupart des jeunes comédiens (excepté Grégoire Leprince-Rinquet, un autre de nos préférés). Mia Hansen-Love, une jeune cinéaste que je ne suis pas prêt d’oublier !
Les femmes sont sans doute l’avenir du cinéma !
Et ce festival, me direz-vous !?
Comme vous, je brûle de découvrir les 3 avant-premières, les sorties nationales (en particulier, le Moretti de la soirée de clôture, Habemus Papam, pour me remettre des JMJ !).
Comme vous, je souhaite me plonger dans les films d’Amérique Latine du vendredi dont Elisabeth nous a si bien parlés.
Comme vous, je voudrais revoir les très beaux Les sœurs Brontë de Téchiné et E la nave va de Fellini.
Comme vous, je serai obligé de faire des choix et c’est là ce qui stimule dans de telles circonstances. Bien sûr, il y a des films que j’ai vus ou revus récemment et que je voudrais mettre en avant.
Tout d’abord, Tous au Larzac de Christian Rouaud, toujours aussi capable de rendre compte de ces grandes luttes porteuses d’espoir et fondatrices d’une sorte de communautés : après Les LIP, celles du Larzac des années 71-81 à travers l’itinéraire de figures emblématiques de cette longue lutte. Christian Rouaud trouve la juste distance pour nous parler de cette lutte et pour donner la parole aux principaux protagonistes. Après Les LIP, l’imagination au pouvoir, après Paysan et rebelle, un portrait de Bernard Lambert, c’est avec grand plaisir que nous l’accueillerons dans notre salle !
A découvrir aussi le sympathique et positif The visitor, film américain remarqué à Deauville en 2008 et que nous avons découvert au Festival du Film Méditerranéen fin 2010 à Montpellier. Une rencontre surprenante, un rapprochement par la musique entre des personnages que leur âge, leur couleur, leur statut auraient dû opposer, avec tout proche le 11 septembre 2001 et les mutations qu’il va entraîner dans la société américaine.
Pour ce qui est de la comédie de mœurs française, originale, bien écrite, embarquez pour La campagne de Cicéron de Jacques Davila, film restauré grâce à la Cinémathèque de Toulouse. C’est au cœur des Corbières qu’a été tourné, dans les années 80, ce film à la fois léger et grave, entre rencontres amoureuses et solitudes amères, pas très loin de l’abbaye de la grâce ! Et puis quel plaisir de retrouver Jacques Bonnafé, Judith Magre, Tonie Marshall… dans cette belle comédie honorant la production française !
Enfin, c’est le choix d’Yves Caumon pour sa carte blanche du samedi soir, L’esprit de la ruche de Victor Erice. Cette adaptation remarquable d’un grand roman de Camilo José Cela est due à un grand cinéaste européen, malheureusement rare sur les écrans (se rappeler de Le sud en 1983, Le songe de la lumière en 1992 ou de l’exposition Victor Erice / Abbas Kiarostami : CORRESPONDANCES en 2007-2008 à Barcelone puis à Beaubourg). Le film est une critique subtile de l’Espagne rurale d’après la guerre civile, à travers le regard profond d’un enfant tourmenté, la petite Ana, interprétée magnifiquement par Ana Torrent… oui, celle-la même qui triomphera quelques années plus tard dans Cria Cuervos de Carlos Saura. Un des chefs d’œuvre du cinéma espagnol et mondial, dans les années 70, que je veux absolument revoir… !
Tous aux rencontres… donc !
Guy Pezet |
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| NEWSLETTER octobre - novembre 2011 | | | Difficile de s'y remettre tant l'activité cinématographique, associative, politique fut riche ces derniers temps !
Mais la newsletter reprend ses droits et pour cette fin de mois, deux films attendus des cinéphiles, que nous sommes tous, sont à l'affiche.
Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki, projeté exceptionnellement ce dimanche 23 octobre à 17h et 21h, nous permet de retrouver la réalisatrice libanaise de Caramel, film ayant obtenu un grand succès d'estime en 2007-2008. Plus grand succès du cinéma libanais, ce film sympathique, nous confrontait à un Beyrouth chaleureux et à un groupe de femmes particulièrement attachantes. Avec ce nouveau film, Nadine Labaki interroge à nouveau la violence politique, les conflits inter-religieux pour proposer une sorte de fable sur un village où un groupe de femmes (mères, épouses, amantes...) tente de s'opposer aux menaces extérieures. Le film semble rencontrer son public puisqu'il a obtenu le Prix du Public à Toronto en septembre et représentera le Liban aux Oscars. Même si nous ne savons pas où va ce monde comme le rappelle le père Sauzeau dans le dernier Meunier, embarquons avec Nadine Labaki pour un voyage au cœur d'une réalité terrible bien pire que la nôtre.
Pour la semaine suivante, au cœur des vacances de Toussaint, La Guerre des boutons, bien sûr, la première des deux si j'en juge par le casting... et la "meilleure" à ce que l'on m'a dit. Les guillemets ne sont pas le résultat d'une erreur de frappe. Bonne nouvelle sur le front de cette guerre stupide des producteurs, le Yves Robert originel va ressortir en copie neuve, image et son restaurés, avant les fêtes. Le public enfants/ados sera-t-il au rendez-vous ? Il sera intéressant d'y jeter un œil. Donc passons notre chemin.
L'Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello, cinéaste moderne remarqué avec Tirésias et De la guerre en 2007, trouve avec cet Apollonide un public plus vaste et une réception critique positive un peu inattendue. Sa maison close, contrairement à celle de Madame Tellier chez Maupassant, n'est pas fermée. Elle est ouverte aux yeux du spectateur découvrant des images belles et entêtantes, usant de toute la grammaire classique (ampleur de la mise en scène) et moderne (split-screens divisant l'écran) pour interroger ce lien trouble et violent : guerre des classes et guerre des sexes s'y jouent.
Une œuvre à découvrir avant un automne, où nous verrons aussi The artist de Michel Hazanavicius avec qui vous savez, Polisse de Maïwenn avec Joe Starr, films récompensés par le jury cannois. Je n'oublie pas les deux films ayant reçu le meilleur accueil critique et public à Cannes, Pater d' Alain Cavalier, et La guerre est déclarée de Valérie Donzelli. S'annonce aussi le dernier Guédiguian Les neiges du Kilimandjaro et je pourrai et vous pourrez vous faire une idée de l'état du cinéma français. Comptez sur moi qui ai vu Impardonnables de Téchiné et Les bien-aimés le dernier Honoré du même nom, pour vous livrer mes impressions sous peu. Novembre étant le mois du documentaire, je reviendrai aussi en fonction de nos choix sur mon émotion toujours vivace devant Tous au Larzac de Chritian Rouaud. Je ferai aussi un premier bilan des grandes œuvres présentées cet été et cet automne dans notre salle. Dès le début novembre, une newsletter plus consistante pour attaquer l'hiver bien au chaud, dans les salles…
Guy Pezet
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| NEWSLETTER 2 - 22 novembre 2011 | | | Les Rencontres ont depuis toujours fait une large place au documentaire, genre retrouvant depuis une bonne dizaine d'années, une vitalité dont nous nous félicitons. Dans la foulée d' Etre et avoir de Nicolas Philibert, dans celle de Mickaël Moore, couronné à Cannes, dans celle de Raymond Depardon sur le monde paysan, plusieurs films documentaires ont rencontré leur public. Bien des metteurs en scène majeurs de la décennie, comme Jia Zhang Ke (Still life) ou le portugais Pedro Costa font étroitement dialoguer univers fictionnel et réalité documentaire.
En 2011, nous n'avons pas dérogé à cette ligne de conduite. Que ce soit lors du festival de septembre (rencontres avec Christian Rouaud, avec Christophe Vindis, avec Jean-Henri Meunier... ou dans la programmation hebdomadaire de la salle (Inside Job en janvier, Gasland en avril...) le documentaire est ici souvent à l'honneur.
Pour la 3ème année, le mois de novembre est celui du film documentaire, en partenariat avec la médiathèque de Rieupeyroux. Cette année, deux dates sont à retenir : le mercredi 9 novembre à 21h pour une soirée tartines autour de Kinshasa Symphony, film allemand consacré à une aventure unique, celle d’un orchestre symphonique au cœur de la capitale congolaise. Nous avons découvert, il y a un an Kinshasa, ses rues, son désordre, ses dangers, sa misère, à travers l’aventure originale du staff Benda Bilili. Retour au Congo, donc, avec plaisir, puisqu’à travers la musique, c’est toujours un espoir qui se dessine. A quand un vrai printemps de l’Afrique ?
Second rendez-vous, le jeudi 17 novembre à 21h, avec un cinéaste de chez nous, Nicolas Gayraud qui présentera son film Le temps de quelques jours, tourné à l’abbaye de Bonneval : une rencontre avec les moniales cisterciennes cloîtrées de l’abbaye, loin de la fureur et du bruit des rues de Kinshasa ou de nos pourtant paisibles séjours aveyronnais. Ce film invite bien sûr à la réflexion, mais séduit aussi, tant Nicolas Gayraud possède le sens de l’image. Son film est beau et le Nouvel Obs. a comparé cette œuvre à celles de Cavalier (Thérèse, Pater...) et de Depardon. En tant qu’aveyronnais, on peut citer aussi Rouquier, sorte de père "spirituel" du documentaire français. C’est peu dire donc que nous ne bouderons pas notre plaisir de découvrir ce film, cette abbaye de Bonneval, en forme de bouteille avec leurs beaux papiers qui font rêver : jaune/poire Williams, vert/chartreuse, rouge/rhum... De bonnes raisons de venir découvrir ce film rare et son auteur !!!
N’oublions pas la toujours éclectique et souvent alléchante programmation de la salle en ce début novembre. Avec une première semaine de choc : La guerre est déclarée et Restless.
La guerre est déclarée est un des grands films français de l’année, recueillant depuis Cannes succès public et critique. C’est après La reine des pommes, le second film de Valérie Donzelli et la confirmation d’un talent multi-facettes puisque Valérie Donzelli écrit, réalise et joue dans ses films. Ici, avec son compagnon Jérémie Elkaïm, elle évoque l’histoire vécue par le couple du cancer de leur jeune fils. Elle le fait en évitant tous les pièges du mélo, avec brio, dans une sorte de comédie menée tambour battant, de façon contemporaine (montage dynamique). Bien sûr, ce combat bouleversant le quotidien du couple est aussi une formidable histoire d’amour. Un film populaire, moderne, et de grande qualité ! Une aubaine donc !
Restless est le dernier film de Gus Van Sant, à mes yeux, le cinéaste américain le plus important de cette première décennie du XXIème siècle (devant James Gray, David Lynch ou Cronenberg...excusez du peu !). Avec Elephant, Gerry, Last days, Paranoïd Park, il a exploré de façon originale les rapports troubles de l’adolescence avec la mort, avec la vie aussi dans le même mouvement. Sans psychologisation, sans hystérisation dramatique, il a évoqué de façon singulière, douce, amère, des drames affreux (attentat de Colombine, suicide, meurtre involontaire...) Ce que filme Gus Van Sant c’est une sorte de chorégraphie des corps adolescents, leurs déplacement, plus ou moins assurés, dans un monde moderne, dont les adultes semblent, soit absents, soit à côté, dans leur monde à eux, enfermés. Après sa remarquable biographie d’Harvey Milk (2009), Van Sant revient à son thème de prédilection, les adolescents, l’amour, la mort, une sorte de romantisme moderne sans doute. Il nous rappelle aussi à quel point il peut être le révélateur de grands talents : ici Henry Hopper, le fils de Denis Hopper et Mia Wasikowska, l’Alice de Tim Burton.
Outre deux comédies françaises pour agrémenter des week-ends que nous espérons enfin pluvieux : Beur sur la ville de Djamel Bensalah, réalisateur un peu perdu de vue depuis le prometteur Le ciel, les oiseaux et ...ta mère au tournant des années 2000. Il associe ici à des acteurs confirmés (Sandrine Kiberlain, Josiane Balasko, Gérard Jugnot) deux jeunes comédiens issus comme lui de la banlieue : Booder, un de la bande à Ruquier, et Issa Doumbia, de la série Les lascars.
Je passe sur Bienvenue à bord avec Frank Dubosc, Valérie Lemercie... car je n’aime pas les croisières, qui, en général, ne m’amusent pas et je file à pied, en vélo, en auto, en moto, vers la Grèce pour un film autrement intéressant.
Attenberg est une sorte d’OVNI venu de la Grèce, deux ans après le remarqué et incisif Canine de Giorgos Lanthimos, qu’après hésitation nous n’avions pas programmé. Il se trouve qu’Athina Tsangasi était la productrice de ce film et que Giorgos joue ici le rôle de trentenaire séducteur. Une nouvelle vague grecque serait-elle en formation ?
Je ne sais pas, mais c’est avec intérêt que nous suivons toutes ces cinématographies européennes, surtout lorsqu’elles marquent un renouveau (l’après Cacoyannis, l’après Angelopoulos) et nous viennent d’un pays d’une actualité brûlante. Attenberg est une comédie dramatique assez ébouriffante, en prise avec le réel que l’on sait, celle d’une société en crise. Ce sont surtout les gens, ses contemporains qu’observent la réalisatrice à travers le regard de Marina, son héroïne. Son regard décalé est qualifié d’"aimablement teigneux" par les Cahiers. C’est celui d’une cinéaste moderne, ambitieuse, engagée. Un film à découvrir donc, avec une bande originale de choc, de Suicide à Françoise Hardy !
Tous au cinéma donc !
Guy Pezet |
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| NEWSLETTER fin d'année 2011 | | | Novembre et décembre se sont révélés trop chargés pour moi et je n’ai pu commenter, éclairer les choix de programmation de l’équipe des Rencontres. Il faut dire que se sont succédés dans notre chère salle, des films ayant eu une reconnaissance publique forte et un écho médiatique allant avec.
Pour les fêtes et le début janvier, notre programmation fait une large part aux enfants et aux films familiaux. Ce sera le cas dès le mercredi 21 décembre avec Un monstre à Paris, film d’animation que le duo M/Vanessa Paradis a rendu populaire. Outre sa bande musicale, ce film d’animation inventif vaut par son charme, son évocation du Paris du début du siècle. Eric Bergeron, un nom à retenir dans le monde dynamique de l’animation française
Entre Noël et le 1er de l’An, place à la comédie familiale la plus attendue de décembre, Hollywoo de Frédéric Berthe et Pascal Serieis avec Florence Foresti et Djamel Debbouze. L’humoriste préférée des français a co-écrit cette comédie délirante se déroulant dans le milieu du cinéma. Le duo avec Djamel fonctionne, paraît-il à merveille, et on attend avec impatience les chiffres d’entrées de la première semaine. Alors allons rire encore une fois, en temps de crise et en période de fêtes, c’est sans doute ce que nous avons de mieux à faire !
Début janvier, Le Chat Potté, tout droit venu de Shrek, dont la troisième aventure était due au même réalisateur Chris Miller. Même maison, même recette avec des gags, de l’action, des références à la culture populaire. C’est souvent farfelu, toujours drôle et ce sera l’un des succès de cette fin d’année, à n’en pas douter.
Pour les enfants, les familles, les cinéphiles, à la mi-janvier, Hugo Cabret du grand Martin Scorcese, un film sur l’univers magique du cinéma, un hommage à Méliès et aux pionniers. Martin Scorcese est sans doute le réalisateur qui connaît le mieux l’histoire du cinéma mondial et il met ici tout son savoir-faire, tous ses moyens pour séduire un large public, loin de l’univers noir et violent de ses derniers films. Ce film sera projeté en Version Française pour prendre en compte les attentes du jeune public auquel il s’adresse prioritairement.
La même semaine, La clé des champs, un film qui sent bon le terroir et même notre cher Aveyron, par les réalisateurs de Microcosmos. Claude Nuridsany et Marie Pérennou nous proposent une histoire racontée par Denis Podalydés, mettant en scène deux enfants en vacances dans un village rural, se retrouvant autour d’une mare abandonnée qui devient leur jardin secret. Au contact de cette nature, loin du monde des adultes, les enfants s’apprivoisent et apprivoisent la vie. Une nature et une histoire fascinantes, tournée par chez nous et portée par une presse flatteuse.
Après le succès de Y’a pire ailleurs, après Tous au Larzac, l’Aveyron-terre de cinéma à nouveau sur nos écrans : public rieupeyrousain, tu es gâté ! Si le bonheur est dans le près de..., il est bien dans la salle Gilbert Alauzet !
Et nous, et nous, crient quelques habitués cinéphiles du mercredi ! On attend pour janvier le Cronenberg, le Steve McQueen, le Hong Sangsoo, le Achard ! En attendant, nous pourrons découvrir le dernier Guédiguian, Les neiges du Kilimandjaro. Guédiguian et les siens sont de retour à l’Estaque, à Marseille, et c’est le temps de la retraite pour les héros de Marius et Jeannette. Mais la réalité sociale est complexe et vient en travers de leurs projets immédiats de voyage. C’est l’occasion de débats, de choix et, pour nos héros, de retrouver de vraies valeurs. Les personnages de Guédiguian sont authentiques et attachants. Son film, placé sous l’égide de la chanson populaire de Pascal Danel, et du sublime poème social de ce bon vieil Hugo "Les pauvres gens", ne peut être mauvais. Que Marx fasse donc qu’il soit bon et profond !
Pour tous les militants aveyronnais, pour tous ceux qui essaient de se battre et de lutter contre la fatalité économique de la crise, de la dette, des gaz de schiste... Tous au Larzac est un film salutaire. On en ressort gonflé, meilleur, car ce documentaire de Christian Rouaud plébiscité lors du festival, nous rappelle qu’il existe des luttes inventives et victorieuses. Le Larzac, c’est un pan glorieux de l’histoire des luttes populaires en Aveyron. Le film de Christian Rouaud excelle à nous montrer la naissance d’une communauté forte et résistante, à travers quelques figures marquantes dont celle de Bové, mais aussi de Marizette Tarlier et de Léon Maillé que nous avons accueilli en septembre. Avant les échéances de 2012, une bonne mise en route !
Enfin début janvier, nous pourrons découvrir le nouveau film de Radu Mihaileanu, La source des femmes. Après Train de vie, après l’émouvant Va,vis et deviens, après Le concert, le plus français des cinéastes roumains nous revient avec cette histoire s’inspirant de la grève du sexe mise en œuvre par des femmes au Moyen-Orient pour interpeller les hommes sur leurs conditions de chercheuses d’eau. On retrouve Biyouna, Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, mais aussi Hiam Habbas au générique de cette belle histoire avec de beaux chants, de beaux paysages, des danses... Que demande le peuple !?
Sous peu, ici même, mon classement des meilleurs films vus à Rieupeyroux cette année et un bilan de l’année qui s’annonce satisfaisant !
Guy Pezet |
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